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Une fiction pour " dénoncer"La vie Chère, M Argilli.
Le lundi 12 avril 2004.
La vie Chère M. Argilli. Voici une nouvelle qui pose un problème de société- le don d’organe et/ou l’exploitation de la pauvreté- au travers d’une fiction totalement imaginaire. Intéressante parce qu’elle mélange récit et texte explicatif, La vie chère d’Argilli invite au débat et propose des écritures dans les blancs du texte. A) texte intégral.- Hé ! les enfants ! s’écrièrent les parents de Paul et Sophie. Venez voir ce que nous vous avons apporté ! Les enfants accoururent, mais restèrent stupéfaits en s’apercevant à quel point tous deux avaient vieilli durant ces quelques heures d’absence : ils avaient beaucoup de cheveux blancs, de nombreuses rides sur le visage, et ils semblaient même un peu voûtés. Pourtant ils étaient tout joyeux, et leur père jeta sur la table une belle liasse de billets de banque. - Finis les ennuis ! dit-il en chuintant un peu, car il lui manquait deux dents. Pendant un certain temps nous n’aurons plus de souci à nous faire pour la nourriture, pour le loyer, pour vos études... Paul regarda cet argent, puis à nouveau le visage vieilli de ses parents. - Alors, balbutia-t-il, vous l’avez fait vous aussi ! Dans ce pays, non seulement il était permis de vendre son sang ou un rein, ou la cornée d’un œil, mais, depuis qu’on avait inventé la transfusion des années, on voyait apparaître dans les journaux des petites annonces qui disaient : « URGENT. AFFAIRE A SAISIR. SUIS ACHETEUR... » L’acheteur en question précisait combien d’années il désirait acquérir, et à quel prix. Ceux qui avaient besoin d’argent répondaient à l’annonce, passaient un contrat en règle et, dès la fin de la transfusion, étaient payés comptant. - Eh bien oui, dit la mère, nous avons vendu dix ans chacun. Mais ne vous inquiétez pas, la transfusion a été absolument indolore. - C’est une chance, ajouta le père, qu’à nous autres, les pauvres, il nous soit offert cette possibilité et qu’il y ait des gens qui paient les années un bon prix. - Mais vous avez raccourci votre vie de dix ans ! s’exclama Paul. C’est moi qui aurais dû le faire, moi qui ai encore tant d’années à vivre. Je l’aurais fait de tout mon cœur ! Il était si navré que ses parents en furent émus. - Ne pleure pas, dirent-ils en le serrant dans leurs bras, c’est bien volontiers que nous avons fait ce sacrifice. Sophie, en revanche, se tenait à l’écart, l’air sérieux, sans rien dire. Même pendant le dîner elle n’ouvrit pas la bouche. Une fois couchés, les parents n’éteignirent pas la lumière et restèrent un bon moment à parler. - Comme il s’est montré affectueux, notre petit Paul. Il nous aime vraiment. - Sophie, par contre, n’a pas soufflé mot. Franchement, je ne m’attendais pas à une telle indifférence de sa part. Pendant ce temps, dans sa chambrette, Sophie ne décolérait pas. - Une chance, tu parles, c’est une injustice ! C’est une révolution qu’il faudrait ! Dommage que je sois trop petite pour la faire... Tiens, au fait, et si je vendais une douzaine d’années ? Comme ça je pourrais commencer tout de suite, j’expliquerais aux gens que c’est injuste, je distribuerais des tracts... - Cher petit Paul, disait cependant sa mère. Lui, oui, il est sensible ! - Quand je pense que Sophie n’a pas bronché, soupira son père. Enfin, éteignons... Bonne nuit ! B) Déroulé. 1) On donne le début du texte. Hypothèses de lecture. "- Hé ! les enfants ! s’écrièrent les parents de Paul et Sophie. Venez voir ce que nous vous avons apporté ! "Dans ce pays, non seulement il était permis de vendre son sang ou un rein, ou la cornée d’un œil, mais, depuis qu’on avait inventé la transfusion des années, on voyait apparaître dans les journaux des petites annonces qui disaient : Consigne - Eh bien oui, dit la mère, nous avons vendu dix ans chacun. Mais ne vous inquiétez pas, la transfusion a été absolument indolore. Consignes 4) fin du texte Pendant ce temps, dans sa chambrette, Sophie ne décolérait pas. - Une chance, tu parles, c’est une injustice ! C’est une révolution qu’il faudrait ! Dommage que je sois trop petite pour la faire... Tiens, au fait, et si je vendais une douzaine d’années ? Comme ça je pourrais commencer tout de suite, j’expliquerais aux gens que c’est injuste, je distribuerais des tracts... C) Travaux d’écriturea) Outre l’écriture des petites annonces, les réponses, les contrats qui constituent une écriture dans les blancs du début du texte, plusieurs moments dans le récit peuvent constituer des lanceurs d’écriture : Écrivez soit : le discours que Sophie prononce devant les militants assemblés. Les tracts qui expliquent sa lutte. Les banderoles, affiches, slogans. Le dialogue télévisé entre Sophie et un acheteur d’années. b) Ces images servent d’illustration à deux affiches qui dénoncent le trafic de vie. Ecrivez le slogan qui les accompagne.
d) Quelques documents qui peuvent aider les élèvesTrafic d’organes : le juteux trafic népalais... Un népalais qui pratiquait en toute impunité le commerce d’organes vient de se faire arrêter par les forces de l’ordre. Accusé de vendre des reins en vue de transplantations, il risque cinq ans de prison mais seulement... 6 667 dollars d’amende.
Le commerce d’organes On voit, dans certains pays, prospérer des bureaux de placement d’organes. Des intermédiaires touchant d’énormes commissions se chargent du recrutement des donneurs dans les villages. Il s’agit pour la plupart de pauvres paysans -quand ce ne sont pas des enfants- acculés à vendre un rein, un œil..., pour permettre à leur famille de survivre. Mutilés, ils ne reçoivent qu’une faible somme tandis que les intermédiaires vendent à prix d’or les organes " volés " à des receveurs prêts à mettre le paquet pour continuer à vivre. Ainsi en Inde les propositions de vente de reins sont publiées dans les journaux. La solution pourrait être de refuser la prise d’organe sur les personnes vivantes. Cependant l’Inde n’accepte pas les prélèvements sur cadavres qui heurtent certaines croyances religieuses. De plus l’Inde ne dispose pas encore de la technologie médicale sophistiquée permettant des transplantations réussies au moyen de reins prélevés sur des cadavres. En outre, la dialyse, évidemment très coûteuse, n’est pas accessible à tous. Ils n’ont donc pas d’autre choix que d’acheter un rein d’un donneur volontaire ou de mourir . En Chine, il n’est plus contesté que les organes des personnes condamnées à la peine capitale sont utilisés à des fins de transplantation, généralement sans consentement des intéressés. Les prisonniers sont même la principale source d’organes de transplantation. Il semblerait aussi que les hauts fonctionnaires chinois auraient la priorité dans l’attribution de ces organes. Il y a donc là de fortes motivations incitant les autorités à laisser se poursuivre cette pratique. En Amérique Latine , des propositions de vente de reins sont aussi publiées dans les journaux. Elles proviennent des couches les plus déshéritées de la population. En Europe, des articles de presse font état de tentatives, de la part de personnes suspectes, de mettre sur pied un commerce d’organes. En 1993, des agences sont apparues en Pologne et en Hongrie, qui proposaient des organes humains à des hôpitaux d’Allemagne et de suisse. En 1989, en Allemagne, des histoires fantastiques circulèrent à propos d’un commerce de reins organisé. En 1989 également, un scandale éclata en Angleterre, s’agissant de la transplantation de quatre reins prélevés chez des paysans turcs introduits dans le pays par des intermédiaires pour y céder un rein contre paiement. Il s’est avéré que les reins avaient été prélevés à l’insu des personnes.
Denis Fabé
Formateur associé à L’IUFM Nord-Pas de Calais Pour Passages |