Le jeudi 20 mai 2004.
Les histoires mettant en scène l’école ne manquent pas, mais elles ne sont pas si nombreuses celles qui montrent ou laissent au moins entrevoir à quel point l’institution et ses acteurs peuvent ne pas respecter ceux qu’ils sont censés accueillir et éduquer. Il s’agit moins, bien entendu, de violence physique que de violence symbolique, verbale ou psychologique... On sait à quel point elles peuvent être ravageuses et destructrices. Les auteurs s’en sortent souvent par l’humour, la dérision, l’ironie ou le "Happy end", la dénonciation n’en est pas moins là !
L’école de C. et J. Hawkins. Album Michel Jeunesse. 1994.
Bien connus pour leurs albums sur les sorcières, les pirates, les vampires et autres monstres, les auteurs s’attaquent cette fois à une institution dont ils épinglent tous les acteurs et dénoncent toutes les tares, de façon humoristique bien féroce ! On notera que le livre se clôt sur les "Tortures"...
Les instits. Le cours de Récré 2 de B. Heitz. Les impertinents. Circonflexe. 1991.
Album humoristique destiné à permettre aux enfants d’anticiper en sachant à quel type d’instit ils risquent d’être confrontés : surexpressif, remplaçant, dégoûté, sportif ou confisqueur et bien évidemment, HUMAIN, ce qui est indéniable mais n’excuse pas tout pour autant !
Portraits d’enseignants d’enseignés et d’autres (parus dans Le Monde de l’Education ) de C. Lapointe. Gallimard.1981.
Pour rire (jaune)... Chacun en prend pour son grade, même si bien sûr, c’est surtout les autres qu’on y reconnaitra !
Les cabinets de C. Gutman/S. Bloch. Histoires. Casterman. 1998.
Un livre nécessaire pour rappeler à tous le scandale des "Toilettes" qui perdure depuis des générations. Chaque jour Mathilde fait pipi dans sa culotte : il faut dire qu’entre le papier qu’il faut aller quémander, l’absence de serrures, le pipi à heure fixe, elle n’arrive pas à aller aux fameux cabinets ! Cela devient un vrai cauchemar, elle s’interdit de boire... Ses parents finissent par intervenir et la chute en dit long : elle peut utiliser les toilettes des maîtres, mais elle est la seule !
Dans la même collection, d’autres titres de cette série intitulée "Vive la grande école" dont certains concernent d’autres sources de "violence" faites aux écoliers, tels La rentrée, La cantine, La dame des poux par exemple.
L’histoire de Kiki Grabouille de J. Willis/ M. Chamberlain. Folio Benjamin. 1997.
Une chute terrible pour cette histoire à destination des plus petits : Kiki n’aime pas beaucoup se laver ; peu aidé par sa mère qui baisse les bras, il l’est encore moins par l’école, puisque la maîtresse finit par le renvoyer tellement il sent mauvais. Chassé de partout, il finit dans une poubelle... qui va bientôt être ramassée !
Ce qui peut être perçu comme une histoire édifiante supposée faire comprendre aux enfants qu’il vaut mieux être propre, me semble plutôt avant tout dénoncer l’incapacité des éducateurs à comprendre et à dialoguer...
Le détecteur de bêtises d’A. Alméras/J.-F. Barbier. Rouge et Or. 1994.
Barbichu, le maître a inventé une horrible machine : ledétecteur de bêtises et dès qu’un élève bronche, il est happé et suspendu dans un coin ! Mais la machine est tellement efficace qu’elle agit de façon intempestive, y compris vis à vis de la femme de l’instituteur, entrée dans la classe... Enfin délivrée par son mari penaud, elle détruit cette invention infernale. Mais Barbichu, obsédé par la conduite de ses élèves, se dépêche d’en bricoler une autre...
Maria Soleil Ah ! de Marie Normand, éditrice. 1979. Diffusion "Distique" 1, rue des Fossés Saint-Jacques 75OO5 Paris.
Maria l’étrangère est vite adoptée par ses camarades, mais l’intolérance et la bêtise des adultes pointe son nez quand les poux envahissent l’école : Maria fait une coupable bien commode aux yeux de la directrice, de l’assistante sociale et des parents d’élèves ! La fillette revient, ses beaux cheveux ont été coupés... Heureusement la narratrice et ses amis trouvent le moyen de renouer le contact avec elle.
Un très beau texte, écrit à la main, à l’encre violette, sur un cahier d’écolier, illustré de silhouettes en papier découpé, qui dénonce des violences psychologiques qui ne sont que top courantes et banalisées.
Les yeux de Leïla de Tito "Tendre Banlieue". Casterman. 1995.
Il s’agit d’une bande dessinée qui signe ici la faillite du système en abordant, à travers un destin individuel, le problème de l’illettrisme. Guillaume rencontre Leïla, que ses copains surnomment vite "l’intello marocaine". Ils se plaisent, mais Guillaume ne se résout pas à lui avouer son secret : il ne sait ni lire ni écrire ! Lassé de mentir et de ruser, il le lui apprend enfin et elle réagit très mal. La honte et la douleur lui seront cependant salutaires : surmontant ses angoisses, il accepte enfin de recommencer un apprentissage si longtemps refusé. Par fierté, il n’acceptera de revoir Leïla qu’après avoir enfin lu le livre qu’elle lui avait donné et lui en avoir offert un à son tour.
Guilllaume s’était bloqué à l’âge de six ans, à la mort de sa mère... Tito n’est pas tendre pour ceux qui ont baissé les bras face à ce cas et se sont dépêchés de le confier aux classes de transition, spécialisées, etc. (cf. pp.33-34).
Par ailleurs, ce texte, ainsi que d’autres de la série, font l’objet depuis peu d’adaptations romanesques par Claude Carré publiées dans la collection "Romans" chez Casterman. 2004.
L’idée du siècle de D. Pennac. "Je bouquine" n°100. Juin 1992.
Une des aventures de Kamo : celui-ci ayant demandé au maître de préparer la classe à l’entrée en sixième, M. Margerelle se prête si bien au jeu (à vrai dire pour servir des fins personnelles) que tout le CM2 finit par craquer face à ces professeurs hargneux, versatiles, bourrés de manies, dont même les meilleurs soutiennent les injustices des collègues ! Dans tous ces personnages interprétés avec brio par l’instituteur, on reconnaitra -malheureusement- des personnes existant ou ayant existé... Petit roman proposé dans le cadre des oeuvres pour la jeunesse en 6e.
Pistolet-souvenir de C. Gutman. C’est la vie ! Pocket Junior. 1995.
Petit-Pierre arrive en décembre au sein de la 6èmeD : différent des autres par son aspect physique, il est vite rejeté. Souffre-douleur de ses camarades, il l’est également de certains enseignants qui ne cherchent pas un instant à comprendre son comportement. Le jour où l’enfant revient en classe, le visage tuméfié, le narrateur est bien décidé à percer le secret de Petit-Pierre : celui-ci est maltraité par son oncle chez qui il vit en esclave depuis que sa mère est hospitalisée. Les élèves se mobilisent autour de lui mais il n’en est pas de même des adultes qui agiront par ruse : Petit-Pierre est envoyé en famille d’accueil. Le narrateur, blessé et trahi, ne peut que ressasser ses souvenirs en attendant le retour, hypothétique, de son ami... Proposé dans la liste 6ème, ce livre émouvant n’est vraiment pas tendre pour l’institution ! On pourra le rapprocher de celui de Peter Härtling On l’appelait Filot (Kid Pocket) qui raconte l’histoire d’un enfant autiste placé en foyer, que personne ne comprend ou presque, et qui subit également de nombreuses violences de la part d’une institution et de ses acteurs.
La sixième de S. Morgenstern -Neuf 1984- et Margot Mégalo de S. et M. Morgenstern -Médium Poche 1991-. Ecole des Loisirs.
Le premier, au programme de 6e, est désormais un classique. Le deuxième, moins connu, livre la suite des aventures de Margot, à présent en terminale. Toujours aussi dynamique et battante, elle se heurte, une fois de plus à l’inertie du système.. Quand elle décide de lancer un journal au lycée, elle ignore qu’elle n’est pas au bout de ses peines !
Visiblement l’auteur règle des comptes, certes avec beaucoup d’humour, avec une école considérée comme inhumaine et des profs ancrés dans leurs certitudes, peu compréhensifs, qu’ils enseignent le français, les maths, l’anglais ou l’espagnol, en sixième ou en terminale... Quelques moments d’anthologie : conseil de classe ou rencontre parent-prof.
La force du berger de A. Begag. La joie de lire. 1991.
A l’instar d’autres opus de l’auteur, ce petit livre parle du déchirement vécu par un enfant scolarisé en France, à qui son maître apprend des choses que son père, analphabète, autrefois berger en Algérie, réfute. Face aux certitudes, non vilipendées, de son père, Azouz cherche des repères et choisit son camp, consommant ainsi la rupture entre générations. Ouvrage également proposé en sixième.
Mon maître ne ressemble à rien de S. Chausse. Editions Thierry Magnier.1998.
Huit élèves, huit manières de raconter l’école au quotidien avec ses petites lâchetés et ses violences sournoises : tout dépend si l’on est la fille de la maîtresse d’à côté (Sophie-la-sagesse), celui qui triple sa classe (Jean-Jean-Triplant) ou la coquette de service (Poupée-Barbie)... Un instit qui donne à ses élèves des surnoms pas du tout innocents et qui, sans doute, leur renvoie une "violence" que lui même subit (directeur, inspectrice...).
L’auteur et l’illlustrateur (Antonin Louchard), forts du succès du premier opus, ont récidivé par deux fois avec Y en a qui disent du mal du maître et Le maître se met au vert : nos élèves de CM2 continuent de raconter le quotidien de la classe (l’arrivée d’une nouvelle, la visite médicale, les sorties) ou la rupture avec celui-ci, la classe verte .... Parfois le maître ne maîtrise plus grand chose !
L’odeur de la mer de P. Barbeau. Castor Poche Junior. 1987.
Le narrateur et ses dix camarades vivent tous dans la ZUP des "insectes". Ils sont en classe de perfectionnement, celle que les autres enfants appellent "la classe des fous". Ils détestent l’école et le font savoir de multiples façons, notamment en s’arrangeant pour qu’aucun instituteur ne tienne le choc face à eux. A la rentrée de Toussaint, un cinquième se présente dont ils pensent ne faire qu’une bouchée. Mais La Taupe, comme le surnomment les enfants, est différent : ne réagissant pas aux provocations, prenant les élèves à leur propre jeu, il gagne petit à petit leur confiance et leur estime en ne se fâchant jamais, en les respectant et en leur permettant petit à petit de se (re)construire une image positive d’eux-mêmes. Les projets naissent et notamment celui qui mobilisera toutes les énergies : partir à la mer qu’on n’a jamais vue !
Certes il faut être un lecteur conciliant pour admettre l’idée que le narrateur, avec tous ses "handicaps socio-culturels" puisse écrire une telle histoire, de même qu’il faut un bel optimisme pour penser que de pareils miracles se produisent, mais c’est un vibrant hommage à tous ceux qui se défoncent au quotidien pour ces élèves-là (et les autres d’ailleurs) et qui font de chaque instant une victoire...
L’année rase-bitume de P. Barbeau. Castor Poche Flammarion. 1996.
Même état d’esprit et même propos dans cet autre roman plus récent qui met en scène une fois encore des enfants meurtris par la vie et par l’échec scolaire ... Vincent, le narrateur est surnommé le timide par ses camarades. D’ailleurs, ils ont tous un surnom dans cette classe de cinquième SEGPA qui a déjà donné du fil à retordre aux enseignants et s’apprête à faire de même avec Elisabeth Souzy, immédiatement surnommée “Rase-bitume” étant donné sa petitesse ... Mais à l’instar du collègue précédent, cette surprenante institutrice, capable de réparer un vélo en un tour de mains et qui participe à des courses cyclistes, saura les inciter à travailler en projet et les aidera ainsi à reprendre confiance en eux.
Narration intéressante qui fait alterner le récit de Vincent et le journal de l’institutrice qui complète et modifie le point de vue.
Jessie la Parfaite A. Balis et R. Reiser. Castor Poche Junior. 1990.
Contrairement à ce que l’on pourrait peut-être penser, les bons élèves (cf. la Margot de S. Morgenstern dans La sixième ) ont à souffrir parfois également de l’institution scolaire, telle Jessie, dix ans, isolée dans sa classe car on la considère comme une élève modèle, adulée du professeur. Supportant de plus en plus mal les quolibets, Jessie ose peu à peu se démarquer de son personnage mais se heurte à l’incompréhension puis à la vindicte de son institutrice. Prise dans un engrenage et paralysée par la peur, Jessie assiste, impuissante, aux réglements de comptes que s’autorise l’école : on la fait redoubler ! Le jour de la rentrée, elle n’a toujours rien dit à ses parents...
Fin heureuse, mais de justesse... Certes, Jessie aurait pu faire davantage confiance à ses parents, mais on voit bien en quoi eux-mêmes, et plus encore l’institution scolaire, ont toute leur part de responsabilité.
Plus de gym pour Danny d’H. Young. Castor Poche. 1984.
Non, Danny n’est pas épileptique, il "souffre d’épilepsie", nuance ! Pas évident de changer les idées reçues et de faire la preuve qu’on peut vivre comme tout le monde... Dans son école, Danny est apprécié de ses camarades et de ses professeurs, il excelle en sport, surtout en natation. Lui comme son entourage savent comment agir en cas de crise... Mais un nouveau professeur d’éducation physique arrive : lorsqu’il découvre, incidemment, le problème de Danny, il décide de lui interdire toute pratique sportive pour des raisons de sécurité. L’enfant, ulcéré, n’ayant rien dit à ses parents, se replie sur lui-même, devient insolent, finit par être rejeté de tous. Ne supportant plus de rester en étude pendant que ses camarades sont à la piscine, il fait l’école buissonnière et sauve un petit enfant de la noyade. Cet acte héroïque ouvre les yeux des adultes, notamment de son professeur qui comprend enfin sa bêtise.
Cette fin, bien dans la tradition du happy-end convenu, fera sans doute réfléchir : quelle bonne idée a eu ce bambin d’échapper à la surveillance de sa mère pour tomber dans le canal au bord duquel Danny errait comme une âme en peine ! Seul cet acte de bravoure lui vaudra d’être considéré de nouveau comme un être normal... Que penser de la lâcheté des adultes enseignants, dont aucun ne se mobilise vraiment pour Danny face à un professeur rigide et obsédé par sa responsabilité ?
Bébés de farine d’A. Fine. Médium poche. Ecole des Loisirs. 1994.
La classe de 4eC fait le désespoir de ses professeurs qui n’attendent vraiment rien de ces élèves classés parmi les cancres. Néanmoins, ils doivent participer à la kermesse scientifique du lycée et le projet qui leur échoit consiste à s’occuper pendant trois semaines d’un sac de farine comme s’il s’agissait d’un bébé et à tenir le journal de cette expérience. A son corps défendant, M. Canson lance les dix-neuf garçons dans l’aventure, n’en attendant que des ennuis. Mais Simon, qu’il considère comme l’un des pires élèves, se prend peu à peu d’affection pour "sa fille" et s’interroge sur le départ de son propre père quand il avait six semaines... M. Canson avait tort de désespérer de sa classe : ses élèves ont beaucoup appris, lui aussi, qui s’humanise peu à peu.
Proposé dans la liste 5/4e, un roman facile et émouvant, qui essaie d’analyser certaines causes de refus scolaire, aborde la responsablité de parents et tente de comprendre ceux qui l’ont fuie ...
Salut bahut ! de J. Delval. Castor Poche senior. 1994.
Egalement proposé dans la liste 5e/4e, ce livre aborde, à travers l’histoire de Jérôme qui aspire à une autre vie, le problème des jeunes qui se sentent relégués au lycée professionnel et qui ont intégré la notion d’échec. Ni caricaturale, ni désespérée, une histoire qui met en cause les inégalités sociales et l’école qui les cautionne.
Plein air de D. Picouly in "C’est la rentrée ! Seize écrivains racontent..." . Librio (Supplément à Libération du 4-9-97).
Souvenir douloureux d’une humiliation subie par l’auteur alors qu’il arrive, en cours d’année, dans une nouvelle école : le directeur annonce ses mauvaises notes devant tout le monde et le professeur lui interdit de jouer au foot, domaine où il excelle... Vingt-cinq ans plus tard il n’a pas oublié !
Défaut de compréhension de CharlElie Couture in "Pour sol en si". Page Blanche. Gallimard.1996.
Autre récit d’humiliation, vécue par Kharine -lycéenne maghrébine de quinze ans- et narrée par un camarade qui connait son secret. Mais celui-ci, malgré sa résonnance avec le sujet de dissertation dont le professeur rend les copies, reste anecdotique par rapport à l’attitude horrible de cet enseignant, qui condamne sans pitié la jeune fille d’un "Bah, vous ne valez guère mieux à l’oral (...)".
La vie de ma mère ! de T. Jonquet. Série Noire. Gallimard.1994.
Jonquet, lui, joue le jeu du narrateur vraisemblable : il s’agit d’une cassette enregistrée par le personnage principal, douze ans, pour le juge. Au plus près du langage oral, souvent en verlan, ce "céfran", peu gâté par la vie dit toute la vérité car il a juré "sur la vie sa mère" ! Ca commence sur quelques pages édifiantes à propos de la Section d’Education Spécialisée (du "vrai" collège) où il a été relégué, établissement que fréquente la belle et bourgeoise Clarisse qui lui plaît tant, mais qu’ont-ils de commun ? Ca se termine sur une nuit d’horreur, puis au poste de police... Entre temps, il découvre avec ses copains le vol, la violence, l’alcool et la drogue. Un tableau impitoyable et peu optimiste d’une réalité sociale noire en plein coeur de Paris. Pour les plus avertis...
Elizabeth VLIEGHE.
IUFM Nord-Pas de Calais.
Réécriture pour Passages d’un article de la revue Recherches