Quels principes organisateurs pour la construction de séquences au Collège ?

Le jeudi 23 mars 2006.

QUELS PRINCIPES ORGANISATEURS POUR LA CONSTRUCTION DE SÉQUENCES AU COLLEGE ?

Notre attention de formateur ou d’enseignant de Lettres est régulièrement attirée par différentes formes de dérives technicistes dans notre discipline, issues d’une mauvaise compréhension relative aux places possibles des grammaires. (cf. pour mémoire les exemples de titres de séquences donnés en note 1 en bas de tableau). Ces dérives sont dénoncées régulièrement par certains médias, certains courants pédagogiques et suscitent parfois la perplexité des parents. Elles nécessiteraient sur le fond un débat sérieux, dans lequel on soit capable d’entendre la légitimité de certaines critiques tout en évitant la tentation archaïque d’un retour à un âge d’or de l’enseignement du français.
En l’état, il nous a donc paru utile de proposer au moins un recadrage, en réaffirmant la nécessité de partir de problématiques littéraires (dire le monde, les émotions, les idées, soi, la langue....) qui s’articulent à des entrées génériques ou discursives associées à des motifs (topoï) susceptibles de parler à des élèves de collège et de les mobiliser intellectuellement et affectivement par des voies diverses.

-  Dans la colonne de gauche on trouvera donc des exemples de titres possibles de séquences correspondant à des problématiques littéraires . Elles peuvent se traduire par des groupements de textes ou des études d’oeuvres intégrales liées à des lectures cursives en réseau. Les exemples cités ont été trouvés aussi bien dans des manuels scolaires, sur le Web ou dans différentes sessions de formation. Ils parcourent l’ensemble des objectifs assignés à l’enseignement en collège.

-  La colonne de droite reste très largement à renseigner.
En effet, la question de l’articulation entre la lecture/écriture et ce qu’il est convenu d’appeler « outils de la langue » se pose différemment en fonction des types de séquences mises en œuvre.
Elle se pose aussi différemment en fonction des perspectives assignées aux outils de la langue. L’hypothèse retenue ici est que les grammaires peuvent aider à mieux lire et, à certaines conditions, à mieux écrire des textes. Selon le cas peuvent être utiles comme aide à la compréhension ou à l’écriture des notions issues des grammaires de phrase, texte ou discours ou de l’image, mais aussi les notions de registres et de figures de style.
Le tableau ci-dessous essaie de montrer, à partir de quelques exemples renseignés, en quoi les types de problématisation initiale induisent des articulations possibles ou non.

C’est donc un travail structurellement inachevé, ouvert, à compléter et modifier, qui n’a d’autre ambition que de participer au débat qui traverse notre discipline.

-  A chaque fois il est possible, et notre avis souhaitable, d’intégrer des dimensions des discours :
- sur des plans intertextuels (reprises, pastiches, parodies) ;
- ou inter-médias (discours en images fixes et mobiles, analogiques et numériques).

I. Séquences structurées par une entrée générique UNIQUE


- Le premier type de structuration est le plus simple dans la mesure où il est construit à partir d’un « genre », social ou littéraire, dont on peut penser qu’il va déterminer des faits de langue dominants qu’il sera pertinent de prendre en compte.

Selon le cas, on peut utiliser des outils qui ont leur sens par rapport aux quatre grands genres, mais on peut aussi spécifier en fonction de sous-genre à l’intérieur de chacun des quatre grands genres.

On gagne à thématiser cette entrée générique par des motifs (topoï)) fictionnels, symboliques, narratifs, choisis pour leurs potentialités d’intérêt par rapport à des élèves de collège.

Exemple : le thème de l’île dans le roman d’aventures ; les portraits d’ogres ou d’animaux effrayants, descriptions

de l’automne, scènes de magie...


A. le Récit

- Caractéristiques générales

- A quoi servent les histoires ?



- Nouvelle complexe

- Le plaisir de se faire piéger

- Attention à la chute !


La fiction 

- personnages(choix, caractérisation…)

- univers fictionnels (espace-temps)

- péripéties, dramatisation et événements

Les jeux sur la temporalité

- l’ordre : analepse, prolepse. Début dans le vif du sujet ,retour en arrière, fin ouverte.

- la durée : pause (descriptive), scène, sommaire, ellipse

- la fréquence :

Identité, position et perception du narrateur

- auteur, narrateur, personnage…

- La position temporelle du narrateur : narration ultérieure, simultanée, antérieure (prophétie, oracle), intercalée (roman par lettres par exemple) narration simultanée

- Le point de vue du narrateur.

Le système des temps

La mise en page

Les textes fondateurs

(qui seraient plutôt un "genre scolaire")

- Qu’est-ce qu’un texte fondateur ?

- D’anciens livres si modernes

- Les récits des origines

- Couples mythiques

- De la genèse au déluge

- Des enfants et des Dieux

- Héros antiques

- Paraboles bibliques


Les Mythes


L’épopée

- A la rencontre des héros

- Le héros et le monstre

- Combats surhumains

Les caractéristiques du registre épique

Le Conte merveilleux

- Il était une fois...

- Histoires de monstres

- Histoires de sorcières

- Métamorphoses

- Quand on parle du loup ...

- Mais qui est le Petit Chaperon Rouge ?

- A pas de géants ! !



Le Conte étiologique

- Les contes du pourquoi et du comment

- Le rapport cause-conséquence

Le Roman de chevalerie

- Les caractéristiques du registre épique

- fonctions et modalités de descriptions de lieux et de personnages 

Le Roman historique

- De l’histoire au roman

- Dire l’Égypte

- Dire le Moyen-Age

- rôles et modalités du référent historique

- fonctions et modalités des descriptions de lieux et de personnages

- décrire pour raconter, décrire pour informer

- lexique spécialisé relatif à l’époque

La lettre narrative

- Lettres classiques, lettres modernes

Niveaux de langue

- Énoncés ancrés

- Identifications des émetteurs et destinataires par l’orthographe

Le Journal intime (vrai ou pseudo)


Le Roman par lettres (vrai ou pseudo)


L’Autobiographie (vraie ou pseudo)

- Récits d’enfance

- Enfances perdues, enfances retrouvées

- Parler de soi

- Je me souviens

- Ecrire sa mémoire

- Du portrait au blog personnel


Les Mémoires (vraies ou pseudo)


La Biographie (vraie ou pseudo)


La Nouvelle policière à énigme ou suspense

- Enquête sur le roman policier

- Peurs blanches, romans noirs

- Autopsie d’un genre


Le Récit de Science-fiction

- Rencontres du troisième type

- Du conte oriental à la SF

- Des extraterrestres tellement humains


La science-fiction invente souvent des lieux, des objets des pouvoirs, des personnages : cela nécessite l’invention de nombreux néologismes :

- Présence de descriptions importantes d’un univers technologique avancé : armes, outils, véhicules, moyens de communication, lieux…

- Présence assez courante de discours explicatifs justifiant des machines, des faits étonnants ou des pouvoirs : soit sous forme de dialogues explicatifs ou sous forme d’exposés explicatifs pris en charge par un personnage.

- Souvent la rencontre de deux mondes, deux sociétés qui différent par bien des plans, ce qui entraîne des incompréhensions, de l’hostilité, des malentendus, des problèmes de communications. Visées parfois argumentatives : la fiction met en scène des problèmes sociaux, politiques, écologiques, ethnologiques, philosophiques. Elle nous éloigne de nous pour mieux nous parler de nous.

- Les personnages : noms à consonance non humaine : onomastique spécifique ; aspect physique différent des humains (cf. les tentacules par exemple) :descriptions particulières.

- Présence souvent de télescopages spatio-temporels : avancées ou retours dans le temps et dans la narration

- Le récit peut être pris en charge par un personnage humain ou un personnage non-humain. Se pose alors le problème du point de vue et de la capacité à nommer de manière détournée des faits, objets, problèmes que l’on ne comprend pas. D’où l’utilisation d’expressions périphrastiques, mais aussi de termes issus de l’univers de référence, voire de termes vagues (engin, machin, sorte de, quelque chose, une espèce de…).


Le Récit Fantastique

- Les fantômes, je n’y crois pas, mais j’en ai peur

- Le plaisir de se faire peur

- Raconter pour faire peur

- A la rencontre de l’étrange

- Récit cadre, récit enchâssé

- Le point de vue

- La modalisation

- Les interrogations qui renforcent l’ambiguïté

(comment expliquer cette impression ?)

- Le vocabulaire de la perception et des sensations (voir, vision, entendre, discerner, prêter l’oreille, expression de la peur…)

- le vocabulaire et la syntaxe qui marquent l’indécision, la mise en doute de ce qui est réellement vu (la chose, cela, la forme…)

- le recours à des approximations ou des comparaisons pour rendre compte de l’impossibilité de nommer exactement (c’était comme, il lui sembla, on aurait dit que…) ”

- les caractéristique de la description dans la nouvelle fantastique

Le Récit réaliste




- Les niveaux de langue (comment faire parler des personnages :sociolectes et idiolectes

Le Récit de voyage

- Raconter pour témoigner

- Images de l’Autre

- Dire l’inconnu

- Paroles de voyageurs

- Les grandes découvertes


Le Récit d’aventures

- Partons à l’aventure !

- A l’abordage !

- Robinsonnades

- Des héros dans l’épreuve


Le Roman d’amour

- Dès le premier regard... (scènes de rencontre)


Le Roman d’apprentissage

- Enfants dans la guerre

- Enfants d’ici, parents d’ailleurs

- Grandir

- Figures d’adolescents

- Premières fois (rencontres, fêlures, disparitions, éveils...)

- Entrer en Sixième

- Portraits de lecteurs et de scripteurs

- Apprendre à lire et à écrire


Les Récits qui prennent la langue comme motif fictionnel

- Les mots jouent entre eux (code,

nature des mots, synonymie, paronymie, niveaux de langue….)

- La langue a une histoire

- Naissance et vie de l’écriture

- Les mots à la bouche

- Le français, les français

- Façons de parler



La lettre argumentative (argu) (vraie ou imaginaire) (texte ou vidéo)


Le fabliau (argu)

- Raconter pour se moquer


Les Fables en vers et en prose (argu)

- Des animaux qui parlent aux hommes

- La cigale et la fourmi traversent le temps

- Les fables comme récits de parole : les paroles rapportées : discours direct, indirect, indirect libre, narrativisé

- Le rôle de la morale

L’apologue et la parabole (argu)

- Des histoires pour convaincre



L’utopie (argu)

- Sociétés idéales, sociétés totalitaires


Le conte philosophique (dont le conte oriental) qui prend place dans le genre plus vaste des fictions ethnologiques (argu)

- Quand l’Autre nous regarde


Le Roman à thèse (qui prend comme objet de fiction des problèmes sociaux, politiques, moraux...)

ex : la peine de mort, la génétique, les dangers de la technologie (ordinateurs, téléphones, )ou de la science, le totalitarisme

-Culture des écrits, culture des écrans

- Dire la violence à l’école

- Technologies et libertés

- La science en questions

- Les dangers du clonage


Le récit filmique

- Raconter en images

- Des histoires qui en mettent plein la vue

- Le écrivains parlent du cinéma


Le récit en bandes dessinées

- Des images qui racontent


Les formes de récits journalistiques ( fait-divers, reportage...) (explicatifs)

- L’emploi des temps

- Les structures de phrases.

- Le vocabulaire journalistique

B. le théâtre (classique et contemporain)

Caractéristiques générales

- Lire et dire le théâtre

- Un spectacle vivant

- Raconter une histoire au théâtre


- La mise en page

- Le dialogue

- Le système des temps et des modes (énonciation, impératif, futur…)

- Les types de phrases

- Lexique du théâtre (texte.lieu).

1. Problématiser à partir des genres

La Farce

Les caractéristiques du registre burlesque

La Comédia dell’arte

Les caractéristiques du registre burlesque

La Tragédie

Les caractéristiques du registre tragique

La Comédie

Les caractéristiques du registre comique

La Tragi-comédie


Le Théâtre de l’Absurde


2. Problématiser à partir de motifs (topoï) fictionnels et narratifs ou de visées

- Héroïnes tragiques

- Héros et anti héros

- Revendications féminines au théâtre, de Molière nos jours (argu)

- La Relation Maître-Valet (argu)

- Bourgeois ou gentilhomme ?

- Médecins et malades en scène

- Rire et pleurer au théâtre

- Séduire au théâtre


C. la poésie et la chanson

La poésie se prête assez difficilement à des problématisations par les genres mais plutôt par les entrées suivantes.

Caractéristiques générales



La poésie comme jeu avec et sur la langue

- Quand les mots jouent entre eux

- Le bestiaire poétique


Tous les jeux à

contraintes (obligation ou interdiction) sur :

- lettres

- nature des mots

- nature des groupes de mots

- genre et nombre

- longueur des mots.

- sonorités….

- syntaxe

- usage des temps

- homophonie, paronymie, polysémie, sens propre et figuré...


La Poésie à visée lyrique (Odes, stances, sonnets...)

- Itinéraire d’un amour : Du coup de foudre au deuil

- Saisons et émotions

- Le Temps qui passe

- Le Voyage

- Les caractéristiques du registre lyrique (dont le sous registre élégiaque)

La Poésie engagée

- Dire la guerre

- Poésie et résistance

- Vivre libre




- Les caractéristiques des registres polémiques, satiriques, ironiques, pathétiques

Groupements poétiques autour d’un auteur, d’une époque ou d’un mouvement littéraire


D. Les textes explicatifs et argumentatifs

Caractéristiques générales

- La mise en page

- Le système des temps

- Notion de thèse

- Espace de débat (alliés et adversaires)

- Arguments

- Circuit argumentatif

- Connecteurs logiques

Le documentaire explicatif (textuel et télévisuel)

(vrai ou détourné)

- Pourquoi les dinosaures ont disparu ?

- L’expression de la cause et la conséquence

- Les lexiques spécialisés (techniques, éléments de composition gréco latins)

- Lesystème des temps (présent de vérité générale, conditionnel)

- Les particularités de mise en page

- Les systèmes d’écriture des chiffres

- L’adaptation au destinataire

Petits genres explicatifs ou argumentatifs sociaux  : invitations, petites annonces, règlements, recettes, fiches techniques, dépliants touristiques, notices de médicaments...

(vrais ou détournés)

- Descriptif de machines imaginaires

- Recettes de sorcières

- Règlements absurdes

- Codes de la route détournés...

- Fausses notices de médicaments



La Publicité

- Quand les images nous persuadent.


La Tribune libre


L’Essai


L’Apologie et le Panégyrique(vraie ou dans une fiction)


L’Oraison funèbre (vraie ou dans une fiction)


Le Plaidoyer (vrai ou dans une fiction)


Le Pamphlet


Le Réquisitoire


La Satire


Le Dessin de presse


II. COMPARAISONS ENTRE GRANDS GENRES OU "SOUS-GENRES"

Pour aider à différencier ou au contraire attirer l’attention sur des points communs

- Fantômes et extraterrestres

- Dragons en tous genres

- Au-delà du réel

- Mondes imaginaires (utopie, SF, robinsonnades...)

- Les mondes perdus

- Le monstre, une figure littéraire

- Du livre à l’écran

- L’éloge et le blâme

- Poésie lyrique, poésie engagée

- Du conte oriental à la science-fiction

- Du rire aux larmes au théâtre



III. VISéES DES DISCOURS

Les corpus de textes sont dans ce cas génériquement ou textuellement hétérogènes ce qui ne permet pas des articulations sur l’ensemble de la séquence, sauf parfois à partir de la notion de registre.

1. Un même thème dans des visées différentes

- Pirates et types de textes

- Baleines et types de textes

- Loups et types de textes


2. Une visée dominante dans des genres différents (récits, théâtre, poésie, textes argumentatifs)


a. Argumentatif

- Quand la littérature s’engage

- La critique sociale au XVIIIème siècle

- Dire la guerre…

- Dénoncer par l’humour

- Quand le héros hésite (monologues délibératifs au théâtre, en poésie et dans le roman)

- Parler pour convaincre au théâtre, dans les récits et les fables

- Les caractéristiques des registres polémiques, satiriques, ironiques, pathétiques

b. Explicatif

- La création du monde

- Dire l’immigration

- L’histoire explosive des volcans

- Pourquoi sommes-nous de toutes les couleurs ?

- Demandez le journal ! (étude de la presse et de ses genres  :fait-divers, brève, reportage, interview, dossier, tribune, critique... )


c. Narratif


d. Descriptif

- La pieuvre, animal scientifique, animal littéraire


- Les fonctions de la description

- L’organisation de la description

- Les caractérisations (expansions, relatives, adjectifs)

- les axiologiques (mélioratifs et péjoratifs)

1.
La situation de communication
Autour du schéma narratif
Le texte explicatif
Savoir construire et organiser une description
Comprendre l’utilisation d’une description
Savoir repérer un schéma narratif
Le récit, narrateur, point de vue et cadre spatio-temporel
Le récit : Traitement du temps et description
Repérer les types de discours
Les grandes lois du récit
Savoir insérer du dialogue dans un récit
Utiliser le discours descriptif au sein d’un récit
L’utilisation et l’expression du temps dans un récit
Les points de vue dans le récit
Formes de discours et genres littéraires