Le mardi 26 juin 2007.
Les passionnés de littérature de jeunesse savent qu’elle n’a rien à envier à la « Littérature » ... J’en veux pour preuve les récits de plus en plus sophistiqués qu’elle nous propose et que l’on pourrait regrouper dans un réseau baptisé « narrations complexes", certaines présentant des enchâssements de récits, d’autres comportant un seul narrateur rédigeant sous des formes diverses ou introduisant des "fictions", les dernières enfin rédigées selon plusieurs points de vue, que cette multiplicité soit "matérialisée" ou non par une typographie différente ou rendue possible par la juxtaposition d’écrits variés tels que lettres, journaux intimes, articles, comptes rendus ou retranscriptions de bandes magnétiques ... émanant de narrateurs divers, le tout dans des genres variés !
Comme toujours, rien d’exhaustif dans cette sélection qui pourrait être enrichie chaque jour ... Le lecteur n’oubliera pas d’ailleurs de la compléter par des titres présentés au sein d’autres articles notamment ceux concernant des récits partiellement rédigés sous forme de lettres ou de journaux intimes vers lesquels, en principe, des liens sont proposés.
Dossier top secret de JP. Nozière. Folio junior. Gallimard. 1994. (1988 chez Rageot Editeur).
Ce titre propose un récit dans le récit. Il s’agit d’une passionnante affaire d’espionnage impliquant deux enfants et "l’Etat", dont le narrateur, écrivain connu, n’a été ni le héros ni même le témoin, mais qu’un ami, le commissaire Bardin, lui a rapportée. Il a enquêté et acquis la conviction que l’histoire est vraie. Il en a rédigé un "roman" (fiction dans la fiction) qu’il cache chez lui, se sentant traqué et proche de la mort... Le récit principal est donc un retour en arrière par rapport à un préambule qui lui confère un statut de manuscrit. La fin renvoie le lecteur au début, dans une boucle sans fin et une mise en abyme.
La balançoire de AM. Papierski-Brédy. Zanzibar. Milan. 1995.
Trois voix différentes, celle de Martine et de ses petits frères Gilles et Noël, évoquent des souvenirs familiaux... Que cherchent-ils à exorciser en cette période de vacances (nous sommes en juillet 1965) qu’ils passent chez leur tante ? Rien moins que la mort d’un grand frère... Un texte émouvant qui ne sombre pas dans le larmoyant.
Matin d’orage de J. Venuleth. Zanzibar. Milan. 1991. Liste 6e.
La rencontre de deux "exclus", Léon , le "clochard" du quartier et Eric, 10 ans, parti en colère de chez lui, suite à une dispute, est préparée durant les deux tiers du récit par une alternance de leurs monologues intérieurs. Le lecteur est aidé dans la perception du changement de narrateur (qui ne suit pas forcément le découpage des chapitres) par une petite effigie du personnage ou de quelque chose qui le concerne. Nous suivons ainsi parallélement la vie de chacun jusqu’à leur rencontre, racontée à la troisième personne. Ils se séparent apaisés et riches de tous leurs échanges.
Une vie à tout prix de R. Judenne. Cascade Pluriel. Rageot Editeur. 1994.
Un très beau livre sur un sujet grave et douloureux : les trafics d’organes. Mélanie, 13 ans, rêve d’accompagner son cousin au Cap Nord. Mais sa famille et elle apprennent bientôt qu’elle est atteinte d’une grave maladie et une greffe de rein devient urgente, sa vie en dépend. Ses parents sont prêts à tous les sacrifices pour la sauver et c’est ainsi qu’ils sont amenés à accepter qu’elle soit opérée en Colombie pour une somme exhorbitante... Le donneur, le lecteur le connait très vite, c’est Adriano, qui vit dans les bidonvilles de Bogota, rêvant de s’en sortir. Il sera sauvagement agressé et sortira de l’hôpital un rein en moins... Un récit bouleversant dont chaque chapitre suit en parallèle deux enfants dont la vie n’a pas du tout le même prix !
Tu me plais ! de A. Bröger. Castor poche Senior. Flammarion. 1995.
Michael raconte sa vie à la première personne : il vient de déménager, ne connait donc personne, s’entend difficilement avec son beau-père, ce sont tourments d’adolescent. Il fait cependant la connaissance d’Esther qu’il persistera à prénommer Juliette, ressentant les premiers émois amoureux, mais aussi les affres de la séparation, car elle déménage à son tour... Le récit de Mick est contrebalancé par un autre, inséré en italiques, à la troisième personne, moins subjectif, apportant d’autres informations ou un autre éclairage à travers le point de vue d’autres personnages.
La solitude du buveur de sang de A. Curtis Klause. Pocket Junior "Frissons". 1994. Liste 3e.
Alternance de points de vue (Zoé, Simon et ainsi de suite) pour un roman fantastique certes, mais qui donne plus dans l’éthique que l’horreur ... Zoé lutte seule face à la maladie de sa mère, le désespoir de son père et sa propre souffrance. Elle rencontre Simon, vampire malheureux de devoir tuer pour se nourrir ... Ils s’aideront mutuellement : il trouvera la force de mourir et elle de continuer à vivre plus sereinement.
Emilio ou la petite leçon de littérature de C. Donner. Neuf. Ecole des loisirs. 1994.
Ce roman, dans lequel on retrouve les personnages de Mon dernier livre pour enfants , African Prince et Le secret d’état aux yeux verts , donne le vertige tant l’auteur joue avec les niveaux de fiction ... Depuis que son père a cessé d’écrire, Henri a pris la relève ; cette fois, il va écrire un livre à partir d’une lettre (qu’il doit traduire de l’Espagnol) écrite par Emilio à Anaïs, par ailleurs tous deux héros d’un livre écrit par le père du narrateur ! Le lecteur est aidé par la typographie, la lettre d’Emilio étant en italiques, elle constitue "le livre" écrit par Henri... Comme le signale l’éditeur : "C’est l’histoire d’un héros de livre qui écrit une histoire à partir d’une lettre écrite par le héros d’un autre livre." Simple, non ? Une belle leçon de littérature en tous cas !
Le pas des fantômes de V. Dayre. Cascade Aventure. Rageot Editeur. 1992.
Importance du poids du passé pour ce roman narré à la première personne par un narrateur adulte qui très vite retrouve le souvenir de ses 15 ans et du séjour effectué à Quatre Rives chez un cousin qu’il ne connaissait pas. Retrouvant des lettres d’amour (en italiques), insérées dans le récit, il reconstitue à sa manière ce qu’il croit être l’histoire de Romain et de Marianne dont il tombe peu à peu amoureux... Mais on ne joue pas les apprentis-sorciers impunément, 33 ans ont passé, Marianne est devenue folle, Romain a enterré le passé... A signaler du même auteur, C’est la vie, Lili qui pourrait, par sa complexité figurer également dans ce réseau-ci.
Cher inconnu de B. Doherty. Page blanche. Gallimard. 1993. Liste 3e.
Helen et Chris sont amoureux, mais sans doute pas préparés à ce qui leur arrive : Helen est enceinte, à 16 ans. Tout le monde est désemparé, chacun réagit différemment et c’est un long cheminement pour tous jusqu’à la naissance du bébé que, finalement, la jeune fille décide de garder. Avant même d’être sûre de sa grossesse, elle commence à écrire à ce "Cher inconnu" et ce sont ces lettres, envoyées ensuite à Chris, qui entrecoupent le récit des dix derniers mois écoulés qu’il décide d’écrire pour sa fille qui vient de naître. Elles le complètent en apportant, bien sûr, un autre point de vue. Le roman s’achève sur les interrogations de Chris qui ne se sent pas prêt à assumer sa paternité et une lettre qu’Helen, heureuse, lui envoie.
Je t’écris, j’écris de G. Caban. Folio Cadet Rouge. Gallimard. 1995. Liste cycle 3 et 5e/5e.
Réédition d’un livre précédent Je t’écris qui ne comportait que des lettres. La narratrice a décidé de ne plus écrire à X qui ne lui répondait pas et continue de raconter ses vacances dans son journal intime : elle baptise le garçon d’à côté "Grogne", puis "l’Affreux" et enfin "le Fou" selon ses agissements... C’est une chronique du quotidien qui s’achève sur une note optimiste, le Fou l’incitant à appeler son amoureux pour dissiper le malentendu : ce dernier lui avoue qu’il ne savait pas exprimer ses sentiments, d’où son silence.
Tout ce que Joseph écrivit cette année-là de P. Cauvin. Albin Michel. 1994.
Une sorte d’histoire "puzzle" composée de tous les écrits du héros, Joseph, 11ans : son journal, fil conducteur auquel s’ajoutent des lettres, des petits mots échangés en classe, des punitions, des poèmes à sa bien-aimée, écrits censés être "réels" mais aussi des scénarios de film, roman et pièce de théâtre qui évoluent en fonction de son histoire personnelle. Facile à lire.
Signé Lou de B. Cleary. Neuf. Ecole des Loisirs. 1994. Liste 5e/4e
Un seul narrateur encore dans ce livre, Lou Botts, qui prend goût à l’écriture suite à un échange épistolaire avec un écrivain qu’il admire beaucoup. Sur quelques années, nous verrons donc Lou grandir, s’épanouir, accepter l’éloignement de son père, à travers les lettres qu’il écrit et envoie, mais surtout celles qu’il n’envoie pas et qui finissent par se transformer en journal intime.
Retour à Ithaque de JP. Nozière. Page Blanche. Gallimard. 1992.
Triple narration pour ce beau roman qui raconte la quête de Maxime, à la recherche de son passé et du drame que ses parents lui cachent depuis longtemps. Maxime narre son retour auprès de sa grand-mère, Berthe, dont il a été séparé, dans la maison qu’il habitait autrefois. Il y cherche les traces de ce passé qu’il a oublié mais qui l’obsède. Peu à peu les souvenirs ressurgissent par bribes -en italiques-, le lecteur a droit, lui, entre deux, au journal de Berthe, qu’elle ne remettra à Maxime qu’à la fin, quand il saura ce qui l’a tant fait souffrir : les circonstances de la mort d’Olivier, son ami.
La mort de M. Ange de EC. Haugaard. Poche Jeunesse. Hachette. 1994.
Une préface rédigée par le grand frère de Dick nous apprend que ce dernier a fugué. Parti à sa recherche, il retrouve sa trace sous la forme de cahiers "abandonnés", qu’il lit et relit, puis décide de faire publier, justifiant ainsi le récit principal, rédigé par un adolescent de 15 ans en fuite. Dick y raconte sa solitude et sa souffrance face à un entourage avec lequel il se sent de plus en plus en rupture. Seul le nouveau professeur de littérature, M. Ange, isolé et controversé, semble le comprendre ; mais il est assassiné sans que la police se préoccupe vraiment de trouver le coupable. Dick pense que c’est Edward, fils d’un "notable", qui a tué le professeur, mais impuissant, il a préféré la fuite et la recherche d’autres valeurs...
Le chevalier de terre noire ( L’adieu au domaine , Le bras de la vengeance et Les héritiers du secret ) de M. Honaker. Cascade Pluriel. Ragot Editeur. 1994. Liste 5e/’4e.
Une saga en trois tomes, vrai roman d’aventures digne du 19ème siècle, qui se déroule dans la Russie du tsar Nicolas II et dans différents pays d’Europe. L’intrigue est narrée selon divers points de vue au moyen de journaux intimes, lettres, et articles de revues. Stepan Tchakarov quitte Saint-Pétersbourg, parcourt l’Europe pour fuir ses ennemis et revient se venger.
Les aventuriers du cercle : Opération Zoridium et Opération Typhon de J. Mowll. Traduit par L. Rigoureau. Flammarion. 2006.
Dans les années 20, Rebecca et Doug, recueillis par leur oncle, le capitaine Mackenzie se lancent à la recherche de leurs parents disparus. Ils sont vite confrontés au mystère qui règne autour d’une société secrète, croisent la route de dangereux pirates et découvrent que leurs parents étaient des aventuriers. Entourés d’amis fidèles, désobéissant souvent à leur oncle-capitaine, ils risquent sans arrêt leur vie pour échapper à leurs ennemis. Le récit à la troisième personne est parfois entrecoupé par le journal de Rebecca, par ailleurs présentée, dans un encadrement du récit, comme la grand-tante de l’auteur : ce dernier a hérité de toutes ses archives, qui lui ont permis de reconstituer les périgrinations des « Aventuriers du Cercle ».
Les deux opus de la trilogie déjà parus à ce jour devraient ravir les passionnés d’aventures, amateurs par ailleurs de dossiers secrets, plans et autres documents confidentiels sur lesquels l’auteur ne lésine pas. Pour autant, l’aspect « documentaire », harmonieusement intégré au récit et justifié, ne nuit absolument pas aux rebondissements de l’intrigue. De très beaux objets-livres qui fascineront les amateurs de fac-similé ainsi que les adeptes de Jules Verne.
Disparition programmée de R. Smith. Traduit par D. Piat. Tribal. Flammarion. 2003.
Pas facile, quand on a douze ans, de comprendre et d’admettre qu’il est vital de changer d’identité, de domicile et d’apparence physique ! En effet, le père de Jack Osborne est en prison et la mafia menace sa famille pour l’empêcher de témoigner ... Jack, sa mère et sa soeur vont donc être soumis au dispositif de protection des témoins mis en place par le gouvernement. Devenu Zach Granger et escorté par « Oncle Donald » et « Tante Doris » (des fédéraux), le jeune garçon découvre une nouvelle ville dans laquelle il peine à s’adapter et à se faire des amis, auxquels il faut cacher sa vraie identité. Il tient son journal et la narration à la première personne alterne avec d’autres à la troisième qui complètent le récit. Mais ce journal tenu entre le 25 août et le 7 octobre tombe entre les mains d’Alonzo Aznar, le trafiquant de drogue qui retrouve ainsi facilement leurs traces. Il va falloir de nouveau fuir, quitter Cataline à laquelle Jack tient tant et prendre une nouvelle identité, mais avec son père cette fois-ci, car, grâce à sa collaboration, celui-ci a été relâché.
Témoins en danger (2006) narre, avec le même suspense et à un rythme haletant, la suite des aventures du héros et de sa famille, de nouveau menacés. Mais plus de journal intime cette fois-ci !
Le satellite venu d’ailleurs de C. Grenier. Zanzibar. Milan. 1990.
Un récit de science-fiction sur fond de paradoxe spatio-temporel : une petite fille de 7 ans disparaît en 1941, emportée par un vaisseau spatial et revient sur terre 58 ans plus tard mais n’ayant que 10 ans de plus ! Démarrage par un prolologue, insertion d’un journal intime et d’une lettre qui constituent un retour en arrière permettant aux deux héros, Luc et Marc, de comprendre les agissements d’André, qui se révélera être le grand-oncle du premier et le frère de la disparue.
Qui est ma mère ? de C. Kerner. Poche Jeunesse. Hachette. 1993.
Autre roman de science-fiction posant tous les problèmes éthiques liés aux progrès de la science dans le domaine génétique et biotechnologique. Karl s’interroge sur sa naissance, il a été adopté, et découvre qu’il a été conçu dans une éprouvette et que sa gestation s’est faite... dans une machine ! le tout étant resté secret et même "trafiqué". Karl est aidé dans sa quête par une journaliste, Franziska, qui décide de publier l’histoire du jeune homme. Le roman est donc constitué de ce que Franziska écrit, un récit qui débute pratiquement par la fin, suivi d’un retour en arrière constitué par son enquête en trois parties, mais entrecoupé par le journal intime de Karl (en italiques) qu’elle lit ou relit, des enregistrements de conversations qu’elle réécoute ou de la documentation qu’elle consulte (typographies différentes et titres) qui donnent toute son épaisseur à l’histoire de Karl. Une narration très sophistiquée à réserver aux plus âgés et/ou aux passionnés !
Le journal interdit de Pelly D. de L.J. Adlington. Traduit par S. Wyckaert-Fetick. Poche Jeunesse. Hachette. 2005.
Dans un monde futuriste ravagé par une guerre récente et encore soumis à une dictature, Toni V. travaille à la démolition des vestiges du Plazza, symbole d’un monde révolu. Il trouve par hasard le journal intime de Pelly D. dont la lecture va le plonger dans l’époque qui a précédé la guerre. Pelly mène la jeunesse dorée des Atsumisi, jusqu’au jour où, à la suite de tests ADN rendus obligatoires dans la cité V, elle découvre qu’elle appartient au groupe des Galrezi. Elle est donc considérée comme génétiquement inférieure, même si elle est douée sur le plan artistique. Toni V. assiste alors aux tourments de Pelly dont la vie bascule : tampon vert sur la main, amitiés qui se brisent, suspicion ... Les Atsumisi, majoritaires dans la cité I exigent qu’on envoie des travailleurs Galrezi pour irriguer leur territoire menacé de sécheresse. Les jeunes doivent partir, la rebellion s’organise et sera réglée par le « déplacement » des réfractaires. Toni V. finit par comprendre que tous les objets enterrés sous le Plazza, tout comme ce journal, sont les derniers vestiges de vies qu’on a définitivement éteintes.
Un texte émouvant qui fait alterner un récit à la troisième personne narrant la vie (peu enviable !) ainsi que les réactions de Toni V. et le journal de Pelly, retraçant un passé agité et peu glorieux. Il pourrait figurer également dans le réseau « Sociétés totalitaires ».
Je ne veux plus jamais avoir 13 ans de P. Bullit. Poche jeunesse Senior. Hachette. 1998.
Le journal de Patricia, rédigé entre septembre 1964 et août 1965 est entrecoupé de sept récits (en italiques) dans lesquels la narratrice, âgée de treize ans, met en scène des jeunes filles qui vivent et ressentent les mêmes doutes, angoissses ou espoirs qu’elle-même. Le ton est dur, car Patricia ne se sent pas aimée, pas belle ... Ses relations avec ses parents, souvent négatifs à son égard, sont tendues et elle-même en arrive à se détester. Son amour des livres et de l’écriture lui procurent en revanche de l’espoir ...
Un récit exigeant
Soeurs ennemies de S. Parkison. Traduit par M. Costa. Poche Jeunesse Senior. Hachette. 1999.
Même remarque pour ce livre qui fait se succéder les journaux intimes d’Ashling, seize ans, et de Cindy, d’un an sa cadette, deux futures « soeurs », puisque la mère divorcée de la première (mère également d’Alva) envisage d’épouser le père récemment veuf de la deuxième ! Cindy, pas encore remise du choc de la perte de sa mère, accepte difficilement la liaison de son père avec Margaret et encore moins d’apprendre qu’ils vont se marier, car elle attend un enfant. Quant à Ashling, plus mûre et plus tolérante, elle se demande comment supporter une fille aussi jalouse ...
Les deux journaux couvrent une période identique qui va du 2 avril au 30 novembre Ils commencent avant la vie commune de cette famille recomposée et s’achèvent sur un relatif apaisement. Entre deux, nous aurons fait la connaissance de chacune et entendu leurs deux points de vue .
L’agenda de H. Montardre. Rageot Editeur. 2006.
Jérémie, le narrateur, est en cinquième ; le 24 février, il trouve un agenda vert qu’il garde. Il enquête pour savoir à quelle fille du collège il peut appartenir. Pendant ce temps, il nous fait profiter de ce qu’il lit aux différentes dates, jusqu’à celle du 24 mars, car un rendez-vous y est indiqué et il décide de s’y rendre ... Dès ce soir-là, c’est le journal de Jérémie qui prend le relais pour raconter la rencontre avec Laura, une fille solitaire et timide, qui disparaît aussitôt ! Mais Jérémie retrouve son adresse, correspond avec elle et finit par la revoir. Elle lui avoue qu’elle a inventé des amis imaginaires dans cet agenda afin de mieux supporter l’absence de sa mère, décédée, mais qu’à présent elle n’en a plus besoin. C’est alors que le récit bascule, comme dans C’est la vie Lily . Un échange de lettres entre Lucie, la grande soeur de Jérémie, le narrateur et Laura révéleront une vérité que peu de lecteurs soupçonneront et que pour le coup, je vous laisse découvrir !
Un livre assez facile et original, qui multiplie les modalités narratives : récit à la première personne, lettres et journal intime.
Mess@ges secrets de P. Perrier et S. Valente. Cascade. Rageot Editeur. 2004.
Justine, onze ans ne décolère pas depuis que sa cousine Audrey squatte sa chambre pour cause de séjour chez eux suite à une tentative de suicide. Elle se plaint abondamment dans son journal, croyant être la seule à souffrir. Mais ce sera pour elle l’occasion de découvrir son grand frère, de communiquer avec lui, de redécouvrir sa famille et de grandir.
Il s’agit d’une « narration complexe », puisque les auteures font alterner le journal intime de Justine, onze ans, lu par Benoît qui y met son grain de sel, et échanges de courriels entre les deux, sans compter qu’Audrey trouve le journal co-écrit par ses cousins et le signale ! Les différentes typographies aident le lecteur à s’y retrouver ...
Pierre et Jeanne de C. Grenier. Magnum. Rageot Editeur. 2003. Liste 5e/4e.
Jeanne découvre un mystérieux pianiste qui la « réconcilie » avec la musique ; elle veut lui confier les partitions de son propre père trop tôt disparu et sollicite pour ce faire l’aide d’un camarade, Pierre, qui fait son initition musicale. Elle mettra du temps à comprendre que Pierre, secrétement amoureux d’elle, mais très timide, et le pianiste sans visage, ne font qu’un.
Reprise en un seul volume de deux opus intitulés Le pianiste sans visage et La fille de 3ème B , dont le deuxième est rédigé sous forme de journal intime, celui de Pierre. Jeanne, elle, a rédigé à la première personne un cahier auquel elle a donné le premier titre. Il s’agit donc de la même histoire, qui se déroule sur une année scolaire, mais narrée, d’un point de vue forcément différent et personnel, par chacun des protagonistes.
Sa Seigneurie de S. Cassim. Tribal. Flammarion. 2001.
C’est ainsi que Rose Hoslow surnomme son nouveau voisin (de rue, de classe), Simon Lillet, tant il est chic et guindé ... Leur « différence » aux yeux des autres (ils arrivent d’outre-Manche, se démarquent par leur physique et leur attitude) les rapproche, sur le plan amical, puis amoureux. Mais rien n’est simple, comme en témoignent le journal de Rose et le récit à la première personne de Simon qui l’entrecoupe. Le marivaudage est de mise entre les deux adolescents, renforcé par la jalousie de Rose à l’égard de Liane, la copine de son père, qui est également la marraine de Simon et son égérie !
Un ton très particulier, à la limite du précieux, dont on devine le parti pris esthétique. Mais le caractère soutenu de la langue n’empêche pas l’humour des regards et des situations. Un livre original par rapport au thème.
Ne fais pas de bruit de K. Banks. Traduit par A. Krief. Sripto. Gallimard. 2004.
Rachel, la narratrice âgée de quatorze ans, souffre de l’absence de son ami Adrian Hess qui a déménagé. Ce vide fait écho à celui laissé par son frère Jake, mort il y a sept ans dans un accident de voiture. Mais on parle peu de lui dans la famille ... Un jour qu’elle pénètre dans la chambre de Jake, laissée en l’état, Rachel III (sa mère et sa grand-mère portent également le même prénom), elle trouve le journal intime de son frère et y découvre un inconnu. Jake n’était en effet pas l’être lisse et parfait, dont elle a gardé le souvenir, que le silence des parents se plaît à entretenir. C’était un garçon sensible, tourmenté, ayant du mal à trouver sa place, refusant de suivre les traces de son père chirurgien, sans oser le lui avouer et qui s’est donné la mort.
La lecture fragmentée du journal correspond étrangement aux événements de la vie de Rachel. Au fil de la lecture, elle progresse dans la connaissace d’elle-même, comprend mieux ses doutes, ses peurs et parvient enfin à harmoniser ses émotions et ses réactions (elle riait au lieu de pleurer et vice versa). Elle aide également sa famille à panser ses blessures, à se tourner résolument vers la vie.
Un récit à la première personne, entrecoupé des passages en italiques émanant du journal, tout en finesse, qui explore les sentiments profonds, voire inconscients de chacun.
La fille aux cheveux courts de Kochka. Aller Simple. Thierry Magnier. 2000. Réédité 2004.
Peut-on tomber amoureux à distance ? C’est ce qui arrive à Nabil, dix-huit ans, orphelin de mère, vivant à Beyrouth, ravagée par la guerre en 1976. En tant que fils de Liès, concierge de l’immeuble, il s’occupe de l’appartement de M. Jacques, un architecte parti installer sa femme et ses deux filles à Paris. Le jeune Libanais passe du temps dans cet appartement et découvre un jour un cahier orange : c’est le journal intime de Marie, treize ans. Fasciné, il finit par le lire (et le relire) et y découvre une adolescente à fleur de peau, qui confie ses tourments, sa solitude, ses relations difficiles avec sa mère et surtout le viol dont elle a été victime de la part de son moniteur de voile. La lecture du journal (en italiques) par Nabil alterne avec ses propres réflexions, ses réactions émues, douloureuses et ses conversations avec M. Jacques, qui complètent l’image qu’il se fait de Marie. Jusqu’au jour où il entend la voix de celle-ci au téléphone : il décide de partir en France la rejoindre.
La fin est très elliptique : Nabil rejoint Marie et quelques années plus tard, ils sont mariés, parents de deux fillettes, il est devenu chef cuisinier. Malgré ce happy-end un peu convenu, ce petit texte garde sa force à travers le « dialogue » de deux adolescents blessés tous deux par la vie.
Goumi-Goumi de Z. Pongrasic. Traduit par N. Strougar. DoAdo. Editions du Rouergue. 2004.
Marina rentre chez elle, le bonnet enfoncé sur la tête, après avoir passé six mois à l’hôpital pour soigner une leucémie. Les retrouvailles avec sa famille et ses amies ne vont pas de soi : la jeune fille reste cloîtrée dans sa chambre, se montrant souvent odieuse. Elle se confie à son journal intime (en italiques) qui alterne avec un récit à la troisième personne ; le lecteur devine et comprend les angoisses, les tourments et les sentiments secrets d’une adolescente ) la personnalité complexe ayant vu la mort de près et qui « renaît » lorsqu’elle retrouve Niki, rencontré à l’hôpital, qu’elle croyait mort ...
Le titre correspond au jeu de l’élastique auquel Marina jouait autrefois avec Ivana et Sanya et dont les règles sont détaillées tout au long du récit ; il représente sans doute symboliquement la vie avec laquelle elle décide enfin de renouer.
Enfin, tous les récits qui vont suivre offrent un arrière-plan historique
Esclaves en fuite de K. Ayres. Traduit par M-P. Bay. Poche Jeunesse. Mon bel oranger. Hachette. 2001.
En trois mois (Janvier/Mars 1851), le destin de Lucinda Spencer va basculer. Elle vit à Atwater, un village de l’Ohio et depuis déjà de nombreuses années, ses parents participent au « Chemin de Fer souterrain » qui aide les esclaves noirs du Sud à fuir vers le Canada. À bientôt seize ans, elle prend déjà part aux activités clandestines de sa famille (la ferme de ses parents est une « station »). À la demande de Jeremiah Strong, un jeune quaker, elle s’implique davantage auprès d’Aurélia Mercer et d’une famille noire dont la jeune Cass, déjà mère de deux enfants, attend un troisième. Cloitrée avec les fuguitifs, Lucinda correspond avec Jeremiah dont elle partage les idéaux et s’attache à Cass, comprenant à travers son histoire l’horrible réalité de l’esclavage. Hélas la jeune femme meurt après avoir donné naissance à une petite Hope. Lucinda décide d’amener le nourrisson à sa tante, Emma, déjà passée au Canada, mais elle est découverte et c’est par le chemin de fer, qu’elle s’enfuit avec « son bébé »...
Un récit « complexe », journal et lettres alternent, bien documenté, généreux et émouvant, dans lequel destins individuel et collectif se rejoignent.
Les secrets de Faith Green de J-F. Chabas. Romans Casterman 10 et plus. 1998.
On peut avoir quatre-vingt-huit ans, ne pas ressembler à un vieux débris, mais plutôt à un trappeur du Montana, se promener avec un pistolet dans son sac à main et posséder quatre gros cahiers rouges qui racontent une vie étonnante et bienremplie.C’estce que va découvrir Mickey, douze ans, peu ravi de voir débarquer à New York une arrière grand-mère qu’il connaît à peine et qui s’installe dans sa chambre en faisant la loi ... Pourtant la lecture du journal que Faith Green a rédigé dès l’âge de 10 ans va bouleverser sa vie et l’aider à grandir : petit à petit (il lit les cahiers en cachette), Mickey découvre une fillette qui a connu le déracinement, car elle a dû quitter Chicago pour le Montana, à l’époque de la prohibition, puis la mort tragique de ses parents, beaucoup moins honnêtes qu’elle ne le pensait. Le passé et le présent s’entremêlent, les liens entre Mickey et Faith se tissent petit à petit, si bien que lorsqu’elle décide de repartir, il sait qu’il ira la voir dès l’été suivant.
Un récit intéressant et bien construit.
L’étonnante Histoire d’Adolphus Tips de M. Morpurgo. Traduit par D. Ménard. Folio Junior Gallimard. 2005.
Bowie, douze ans, reçoit une lettre et un coup de fil de sa grand-mère, qui apparemment sidère toute la famille, et pour cause : Lily Tregenza, veuve depuis quelques mois seulement vient de partir aux Etats-Unis rejoindre et épouser son amour de jeunesse, Adolphus T. Madison, ex-soldat afro-américain ! Pour faire comprendre à tous la genèse de cette incroyable histoire, la grand-mère a envoyé à son petits-fils le journal intime qu’elle a tenu du 10 septembre 1943 au 6 octobre 1944. Agée de douze ans, la fillette raconte le quotidien de fermiers anglais vivant la guerre : le père parti combattre, l’accueil de Barry, dont le père est mort à Dunkerque et la mère restée à Londres, l’institutrice juive qui a fui les Pays-Bas et dont le mari est mort en mer. Mais l’événement marquant sera l’évacuation obligatoire et douloureuse de toute la zone qu’elle habite, Slapton, pour que les Alliés puissent s’entraîner et préparer le débarquement tant espéré. La disparition de sa chatte Tips (rebaptisée plus tard, Adolphus Tips), amène Lily à prendre des risques inconsidérés et surtout à se lier d’amitié avec Adolphus, à qui elle rappelle ses petites sœurs. La guerre et la vie les sépareront très longtemps, mais pas définitivement. En effet, trois ans avant la conclusion idyllique du récit, Lily a retrouvé Adie sur la plage : une fois veuf, il est venu, accompagné de son fils, rendre hommage à son ami Harry mort au combat. Depuis, ils se sont écrit régulièrement ...
Un récit encadré comme Morpurgo les aime, peut-être pas le meilleur, mais simple et touchant.
L’Enfant caché de B. Burko-Falcman. Fiction Jeunesse. Seuil. 1997.
Une construction complexe pour ce récit émouvant et douloureux qui évoque le passé des enfants juifs cachés pendant la seconde guerre mondiale. Esther a cinq ans en 1942 lorsqu’elle est confiée à une famille d’adoption chez qui elle restera jusqu’à la fin de la guerre. Elle est devenue Estelle et doit « oublier » son passé. Mais Esther reste à jamais privée d’identité et de famille. La mort l’habite à chaque instant, elle qui a survécu, alors que tous ses proches ont été déportés, assassinés. Le récit d’Anne, une amie d’Esther, qui vit l’absence comme elle, reconstitue en partie le passé de celle-ci ; il est complété par les extraits du journal d’Esther (en italiques) qui se termine en 1958 alors que, encore dans l’angoisse, elle attend un enfant.
Sobre et elliptique, le récit exigeant d’un cheminement douloureux.
Un héros admirable de A. Clémence et B. Forey-Roux. Souris noire. Syros jeunesse. 2002.
Le titre cache la vérité qui éclatera aux yeux du narrateur, à la fin d’une enquête douloureuse concernant le passé de sa famille. Valentin découvre un jour le journal de guerre de son grand-oncle, Mathieu Solignac, héros de la famille, connu comme grand résistant. Valentin n’a aucune sympathie pour cet homme qui le lui rend bien ! La lecture des carnets passionne le jeune garçon ; lorsqu’il trouve, cachée dans la toile d’un cahier, une étoile jaune et un nom, il s’acharne alors à retrouver la trace de celle qui était aimée de son grand-oncle et l’avait épousé en secret. Mais lui et son copain Yacine risquent leur vie en cherchant la vérité : Mathieu avait un frère jumeau, Mathias, raciste et collaborateur, qui n’a pas hésité à usurper l’identité de son frère, après l’avoir assassiné ainsi que tous les maquisards, pour sauver sa vie...
La curiosité et l’opiniâtreté du narrateur lui permettront de rendre justice aux vrais héros.
Un si terrible secret d’E. Brisou-Pellen. Métis. Rageot Éditeur. 2003.
Incrédule face à la mort de ses grands-parents survenue la nuit de Noêl, Nathanaëlle profite des vacances de Pâques pour se rendre en Bretagne, à la Bétinais, afin de comprendre pourquoi on a retrouvé Pilou et Mamie, noyés dans vingt centimètres d’eau près de chez eux... Elle plonge alors dans la jeunesse de René Blestin et d’Élise Jugan, pendant la seconde guerre mondiale. À travers la lecture du journal intime d’Élise, elle découvre l’amour que celle-ci portait à Virgile Delahaye, résistant, dont elle attend un enfant (le père de Nathanaëlle). Virgile ayant « disparu », Élise épouse un soupirant, René. Déjà ébranlée par ces révélations, la narratrice, apprend ensuite que Virgile est mort suite aux tortures qu’il a subies, avant de découvrir enfin l’horrible vérité, de la bouche d’un vieil Allemand qui arrive pour soulager sa conscience : c’est lui qui a torturé Virgile et il a appelé Élise pour s’excuser, lui révélant aussi que le jeune résistant avait été dénoncé par un certain... René Blestin. La vieille dame a raccroché avant d’entendre que ce dernier s’était rétracté, mais trop tard. Bouleversée, Nathanaëlle comprend alors qu’elle doit rester seule à porter ce lourd secret et jette le cahier de Mamie ainsi que le sien.
Une enquête émouvante et douloureuse.
Sobibor de J. Molla. Scripto. Gallimard. 2003.
Emma, anorexique, appelle au secours, en vain. Très proche de ses grands-parents, elle supporte difficilement la mort de Mamouchka, d’origine polonaise, qui évoquait parfois un passé inconnu de sa petite fille. Pressentant confusément de lourds secrets, Emma décide de lire le vieux cahier d’écolier qu’elle a trouvé en rangeant les affaires de Mamouchka : certaines pages en ont été arrachées... Elle découvre alors le séjour de sa grand-mère à Sobibor, camp de concentration polonais, dont un des collaborateurs français n’est autre que son grand-père, Jacques Desroches, qui a usurpé l’identité d’un autre ! Il aidait les Allemands, n’hésitant pas à tuer froidement femmes et enfants. Plus cadavérique que jamais, Emma décide alors d’aller jusqu’au bout : sa seule façon d’accepter de vivre sera d’acculer son grand-père à reconnaître la vérité, quelles qu’en soient les conséquences !
Un texte sans concession, qui fait alterner le récit rétrospectif d’Emma, son lent cheminement vers la vérité, et le journal descriptif, sans émotion de son grand-père.
Quand j’étais soldate de V. Zenatti. Médium. École des loisirs. 2002.
Récit à la première personne d’une jeune israélienne de dix-huit ans qui part accomplir son service militaire pendant deux ans. Sur un ton non dénué d’humour, avec l’insouciance et les contradictions de sa jeunesse, malgré la gravité des faits, Valérie raconte son expérience de l’armée lors de la première Intifada et toutes les règles auxquelles il faut se plier, notamment par l’intermédiaire d’extraits de son journal intime. Malgré l’amour qu’elle porte à son pays et la non remise en cause de ce qu’on lui demande, on sent que la jeune fille aspire au rapprochement et à la paix.
Largement inspiré de l’expérience de l’auteure, un récit qui témoigne de l’effort fourni par l’écriture pour analyser et comprendre une situation subie par tous.
Elizabeth Vlieghe. Lycée Gaston Berger. Lille.
Pour Passages