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Le regard de l’autre face à la maladie

Construire un réseau de livres autour du sida
mercredi 19 mai 2004. publié par, Elizabeth Vlieghe
 

Je vous propose d’aborder un sujet grave qui intéresse surtout les lycéens, mais également de nombreux collégiens : le sida. Il semblerait qu’il y ait une demande, au moins de la part d’un certain nombre d’élèves, pour ce type d’ouvrages, à l’instar de l’engouement pour les récits parlant de drogue, de fugue, etc., il y a quelques années.
Le thème est apparu dans les romans pour adolescents dès 1989, mais confidentiellement et en traduction des Etats-Unis. Il commence à se développer depuis quelques années, mais plutôt à l’étranger, nous parvenant surtout encore grâce à l’Ecole des loisirs, même si d’autres éditeurs abordent à présent le sujet.
Je présente essentiellement des fictions mais je signale, pour le coup, que de nombreux documentaires pour la jeunesse existent. On peut également explorer la littérature "pour adultes" (ce que j’ai fait à la marge) qui comporte des romans ou des témoignages sans doute abordables par les grands adolescents. J’y adjoins quelques bandes dessinées et quelques titres, concernant les plus jeunes, découverts au hasard de mes recherches mais que je n’ai pas forcément pu me procurer ni donc lire.
Ce qui me semble fédérateur dans ces fictions, c’est le problème des réactions de l’entourage face à la maladie : douleur, refus, désespoir, lutte chez les proches ; rejet, intolérance ou solidarité chez les autres ... Le point de vue est en effet souvent celui d’un enfant ou d’un adolescent qui découvre qu’un proche est atteint de cette maladie, parfois, mais plus rarement, celui de la personne concernée. C’est donc également le problème de la différence qui se pose à travers tous ces récits.
Bien évidemment, l’aspect informatif et documentaire (vraies et fausses idées) est loin d’être négligeable, même si le psychologique domine nettement...

La nuit du concert de M.E. Kerr. Majeur. L’école des loisirs. 1989.
Erick, le narrateur, vit dans l’état de New-York. A dix-sept ans, il a les préoccupations de son âge : le lycée, les copains, les petites amies, les relations avec les parents ... Tout bascule la nuit du concert de Bruce Springsteen : il trahit son meilleur copain en lui "piquant" sa petite amie, Nicki, la seule fille qui ait jamais compté pour Jack, s’attirant ainsi les foudres de Dill, sa propre copine. Mais il apprend aussi que son grand frère est atteint du sida et par la même occasion le rôle que Jim Stanlay joue dans la vie de son aîné ... Plus rien ne sera comme avant ! Il faut vivre désormais avec l’idée que Pete, qu’il a toujours admiré, s’affaiblit progressivement et va mourir. Il faut affronter la douleur et surtout le rejet des autres, leur ignorance et leur bêtise, en premier lieu celle de Nicki qui se dépêche de le "plaquer" pour un autre qu’elle méprisait ... En revanche le noyau familial se resserre face à cette épreuve même si les tensions et les disputes sont inévitables.
Significativement, ce livre a été publié dans la collection "Majeur", aujourd’hui disparue, destinée aux grands ados, voire aux adultes. Le sida est par ailleurs, ici, lié à l’homosexualité, sans doute en partie à cause de la date de parution (86 aux E-U).

La ville qui avait peur d’une enfant de A. Hoffman. Robert Laffont. 1988 (puis France Loisirs -90- et Presses Pocket).
On a fini par découvrir les différents modes de contamination et en particulier celui lié aux transfusions sanguines. C’est le cas dans ce livre, également traduit de l’américain. Les Farrell forment une famille sans histoires jusqu’au jour où Amanda, onze ans, future championne de gymnastique, est victime de malaises à répétition ... On découvre qu’à la suite d’une transfusion sanguine lors d’une banale opération de l’appendicite cinq ans plus tôt, la fillette a été contaminée par le virus du sida. Il ne s’agit pas ici de se lancer dans des procédures judiciaires destinées à établir les responsabilités mais d’accompagner une famille et ses proches dans une sorte de descente aux enfers : Amanda se sent en bonne santé, vit dans le présent, veut continuer à fréquenter son école et remporter la compétition ; son petit frère, Charlie, a bien du mal à trouver sa place dans cette famille chamboulée par l’épreuve, focalisée sur Amanda, au fur et à mesure que l’état de sa soeur se dégrade, au point qu’il a l’impression d’être transparent, sans compter les brimades à l’école et surtout la "disparition" brutale et inexpliquée de son seul ami, Séverin. La mère de ce dernier, pourtant amie de Polly Farrell, craint tellement la contagion qu’elle a changé son fils d’école et le cloître ! La mère abandonne son travail pour se consacrer à sa fille, voulant la surprotéger, jalouse que celle-ci se confie à Laurel Smith plutôt qu’à elle, renoue progressivement avec ses parents qui souhaitent les soutenir. Ivan, le père, un scientifique, émerge de ses préoccupations professionnelles et apaise sa souffrance grâce à un service d’aide téléphonique, se liant avec Brian, un écoutant en phase terminale. Les personnalités se dévoilent : si le médecin de famille, la directrice de l’école ou l’entraîneur les soutiennent, il leur faut se battre contre les préjugés et l’intolérance des autres parents voire de certains professionnels de l’éducation ou de la santé.
Ce roman, qui épouse le point de vue des différents personnages, me paraît accessible aux adolescents. Il semble malheureusement difficile à trouver, hormis en bibliothèque.

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans de B. Samson (avec la collaboration de M-T. Cuny). Fixot. 1994. Réédité chez Hachette, "Livre de poche".
Il s’agit d’un témoignage mais qui se lit comme un roman, un journal intime ... Anorexique, suicidaire et en conflit violent avec ses parents, Barbara est envoyée dans un centre de repos. Elle tombe immédiatement amoureuse d’un autre "pensionnaire", Antony, âgé de vingt-huit ans. Le médecin du centre lui apprend par la suite, que son compagnon est séropositif. Malgré cela, elle continue sa relation avec lui sans se protéger, sorte de défi à la mort, ulcérée qu’il ne lui ait rien dit. Elle découvrira petit à petit le passé de cet homme, drogué, ayant fait de la prison, incapable de se prendre en charge ou d’être responsable, qui ment comme un enfant... Pourtant il l’attire et la fascine toujours, haine et amour mêlés...
Barbara est séropositive, elle ne cherche pas à nier sa part de responsabilité, même si elle accuse Antony, mais plutôt à comprendre, grâce à l’écriture, en quoi son état psychologique, sa révolte, son intransigeance mais aussi sa naïveté l’ont amenée là. Elle voudrait éviter cela à d’autres et se bat pour aimer et vivre.

Kyoko de R. Murakami. Philippe Picquier. 1997. Picquier Poche 2000.
Traduit du japonais cette fois-ci, voici un roman disponible à présent au format poche. Moins dur que les précédents du même auteur par le message positif qu’il délivre malgré un sujet douloureux, il peut être proposé aux grands adolescents de lycée.
Kyoko, orpheline de huit ans, a appris la danse cubaine grâce à José, un G.I. en garnison dans son quartier. Excessivement douée, elle se perfectionne dans cet art qui lui permet d’oublier tous ses chagrins. Treize ans plus tard, elle n’a pas oublié ce qu’elle doit à cet homme et elle quitte le Japon pour New York afin d’aller le remercier. Il lui faudra de la patience et de l’obstination pour briser le silence et le retrouver : José se meurt du sida, ne reconnaît plus personne. Kyoko va l’aider à réaliser son dernier souhait : revoir sa mère à Miami. Ils entament un long périple en camionnette le long de la côte Est.
La trame est constituée d’une mosaïque de récits faits par tous les personnages qui croisent Kyoko et l’ont vue danser. Tous ont gardé la vision enchanteresse de cette danseuse lumineuse et sereine qui communique son énergie, son espoir et sa force de vivre tels qu’elle même les a reçus.

Push de Sapphire. Points Seuil. 1997.
Belle leçon de courage et d’optimisme également dans ce livre publié d’abord aux Etats-Unis et que j’ai hésité à présenter tant le propos est dur. Precious Jones a seize ans : elle vit à Harlem, elle est noire, illettrée et elle va accoucher d’un deuxième enfant dont le père est son propre père : celui-ci la viole depuis son plus jeune âge et l’a déjà rendue mère d’une petite mongolienne à l’âge de douze ans ! Monstre de graisse, sa mère la traite en esclave voire en objet sexuel ... Renvoyée du collège, la jeune fille est acceptée dans une école parallèle où elle va progressivement retrouver confiance et estime de soi grâce à son professeur qui l’écoute, l’encourage et à ses condisciples qui toutes ont vécu des histoires très difficiles. Néanmoins le pire l’attend encore : alors qu’elle a trouvé un foyer d’accueil et une crèche pour son fils, elle apprend que son père était atteint du sida et qu’elle est séropositive ! Son fils en revanche a été épargné. Elle trouve néanmoins l’énergie et la force de se battre pour son avenir et celui de ses enfants...
Ce récit n’est pas facile à lire, dans tous les sens du terme : à cause de son thème bien sûr, mais aussi parce que certaines scènes très crues peuvent agresser le lecteur, dans la mesure enfin où le traducteur -c’est un tour de force !- est resté au plus près des tournures orales utilisées par le personnage tout en essayant de restituer ses progrès en expression écrite. Ce livre qui milite pour le respect de la dignité humaine ne peut laisser indifférent ... A lire pour se faire une opinion avant de le proposer éventuellement à des lecteurs mûrs et avertis.

Le baiser papillon de C. Guedj. J.C. Lattès. 1999. Réédité chez Presses Pocket.
Témoignage bouleversant d’une mère qui a accompagné sa fille contaminée par le virus du sida. Muriel apprend trois ans après une transfusion sanguine effectuée suite à un accident de la circulation, qu’elle est malade : elle a vingt deux ans ! Elle meurt cinq ans plus tard ... Sa mère la fait revivre dans toutes ces pages où elle décrit les souffrances mais aussi les espoirs et la rage de vivre. Au fil des pages, on sent la complicité et l’amour qui les unit et l’on ne peut qu’être ému face aux souvenirs de cette mère qui cherche à faire renaître sa fille à travers les souvenirs et l’écriture.

Pas de soleil en Alaska de X. Deutsch. Editions Labor (Belgique). 1996.
Commandé par l’Agence de Prévention du Sida, ce livre est comme les suivants, abordable au collège. Il s’agit d’une fable, voire d’une allégorie (on peut penser à La Peste de Camus), comportant un récit dans le récit (l’histoire de Suchum, sorte de mise en perspective historique et poétique).
De Suchum, au bord de la Mer Noire, quatre jeunes gens, Igor, Alexandre, Alexis et David sont partis très loin, sur une île au milieu de l’océan, aider à terminer une guerre. Ils reviennent quatre ans plus tard amenant trois belles princesses qui soignaient les gens atteints d’un terrible mal appelé "Maladie-la-Mort". Alexandre tombe malade, Igor aussi, Thomas, le fils du gouverneur, qui pourtant n’est pas allé là-bas, meurt et la peur remplace la tristesse. Alors que le docteur Buonasera est parti en Europe afin de mieux connaître cette maladie pour la combattre, les habitants obligent les malades et les "étrangères" à s’isoler sur une île : Barthélémy, le petit frère d’Alexandre, Sophie, la fiancée, n’acceptent pas ce rejet et les accompagnent. Alexandre et Igor meurent ; le docteur revient avec des informations fiables et propose un dépistage confidentiel à tous ceux qui le souhaitent. Le gouverneur raisonne la population qui comprend que la peur est mauvaise conseillère et qu’il faut se battre.
Le mot "Sida" n’est jamais écrit, pourtant il s’agit bien de cela comme l’atteste le petit dossier proposé en fin d’ouvrage.

La vie à reculons de Gudule. Poche jeunesse. Hachette. 1994.
Thomas, nouveau venu au collège, capte l’attention de toutes les filles et notamment d’Elsa qui craque pour ses beaux yeux. L’attirance est réciproque, les deux adolescents se voient souvent, essaient d’apprendre à se connaître jusqu’au jour où, à cause d’indiscrétions successives, le secret de Thomas se dévoile au grand jour : il est séropositif, suite à des transfusions effectuées lors d’un très grave accident qui l’a immobilisé pour de longs mois. Aussitôt tous les préjugés resurgissent chez les jeunes et les adultes. Elsa est surtout outrée que Thomas ne lui ait rien dit mais comprend mieux quand elle constate le rejet dont il est victime. Lui, décide de se battre, il ne veut ni pitié ni exclusion ... En attendant, il affronte, y compris physiquement, la bande de Frankie, retrouvant ainsi l’estime de lui-même et l’admiration d’Elsa.
Roman fort, tout en nuances, que les élèves s’arrachent, proposé dans la liste de littérature de jeunesse 5/4e...

Aimer par coeur ("L’instit") de Gudule. Bibliothèque Verte. Hachette Jeunesse. 1995.
Ce titre, qui fait partie d’une série télévisée dont les scénari sont adaptés sous forme romanesque, aborde le problème du rejet et de l’opprobe dont les malades sont victimes, surtout dans les petites villes où tout le monde se connait. Même si on n’évite pas toujours le manichéïsme, on y retrouve, à travers l’histoire d’Alain dont la vie bascule quand il apprend la séropositivité de son père, toutes les intolérances et les bêtises liées à la peur et à l’ignorance. La conclusion est optimiste : certes la maladie vaincra sans doute Pierre, mais il retrouve la force de se battre et les enfants ont réussi à modifier le regard des adultes.

Tout contre Léo et Mon cœur bouleversé de C. Honoré. Neuf et Médium. L’école des loisirs. 1996 et 1999.
Titre également proposé en 5e/4e. P’tit Marcel, dix ans, trois frères aînés, surprend une conversation entre grands : Léo, dix-neuf ans, annonce à sa famille qu’il est atteint du sida. Dès lors le jeune garçon va devoir vivre avec ce secret car tous se taisent. Seul avec son angoisse, il accumule les bêtises pour qu’on lui parle, mais même lorsque son frère est hospitalisé, on lui ment et il ne peut que se confier à sa grand-mère. Heureusement, Léo l’emmène trois jours à Paris : ils peuvent enfin parler à cœur ouvert et se témoigner un amour fraternel. Ce sont sans doute ces ultimes moments vécus dans l’urgence qui permettront à Marcel de surmonter la douleur de la perte (il n’est même pas autorisé à aller à l’enterrement !) et d’envisager de grandir sans Léo.
Raconté à la première personne sans sensiblerie (raison d’un certain nombre de "grossièretés" ?) mais avec sensibilité, ce petit roman montre bien les ravages du non-dit et des secrets de famille.
Le titre suivant raconte comment chacun, au sein de la famille, fait ou non « son deuil » ... Trois ans ont passé et le narrateur sent que chacun fait semblant de vivre. Fidèle au souhait de son frère Léo, il bouscule tout le monde avec son énergie et sa vitalité débordantes. Il tombe amoureux de Cécile, va à la rencontre d’Aymeric, l’ex-copain de Léo, il encourage sa mère, qui a une liaison, à quitter la maison ...
C’est un portrait d’adolescent lucide, ouvert, qui refuse l’hypocrisie au profit de sentiments forts et vrais.

Le cerf-volant brisé de P. Fox. Médium. L’école des loisirs. 1997.
Encore le secret dans ce roman émouvant, traduit de l’américain, abordable en 4e ou en 3e selon la maturité. Liam, treize, ans apprend que son père est malade du sida (ce serait dû à une transfusion ...) et qu’il va s’éloigner de lui et de sa mère, prétendant qu’il a besoin de solitude. Pourquoi ses parents sont-ils devenus ennemis ? Il s’interroge, se torture, cherche à comprendre mais les adultes lui mentent. Lui même n’arrive pas à dire la vérité à ses amis ou à sa copine. Il devra cheminer seul, avec beaucoup d’obstination, de courage pour apprendre à connaître véritablement son père -qui a aimé un homme- et essayer de ne pas le condamner ... Après la mort de Philipp, la mère et le fils réussiront à dépasser la souffrance, à renouer le dialogue interrompu, à se tourner vers l’avenir, dans l’apaisement.

Un goût d’amande amère de M. Kondoleon. Médium. L’école des loisirs. 1997.
Un roman traduit du grec qu’on peut proposer dès la 4e ou la 3e. Phèdre a dix-neuf ans. Surprotégée par ses parents qui n’ont qu’elle, elle cherche sa voie et entreprend des études théâtrales. Elle rencontre Ulysse, vingt ans, qui étudie les maths et la musique. Lui, vit seul avec son père depuis que sa mère est morte quand il avait quatorze ans. Il leur faut du temps pour apprendre à se connaître, à s’apprécier : elle, a toujours rêvé d’un amour sérieux et durable, lui, se remet difficilement d’une première histoire d’amour avec une chanteuse. Ils viennent juste de comprendre à quel point ils sont amoureux l’un de l’autre quand Ulysse découvre que Malvina, sa première amie, est atteinte du sida ; puis le verdict tombe le concernant : il est séropositif. Tout s’effondre pour eux et leur famille. Il craint d’avoir, à son tour contaminé, Phèdre. Au bout de trois mois enfin ils sont fixés : le test est négatif. Soulagement, mais l’amour est toujours là... Quel avenir pour ces jeunes gens ? Fin ouverte...
Un beau roman, rédigé tantôt à la première personne (mère de Phèdre, angoissée et surprotectrice), tantôt à la troisième en focalisation interne (essentiellement Phèdre, Ulysse, mais aussi les pères, Malvina...), ce qui permet au lecteur de partager les questions, les incertitudes, les sentiments des personnages.

Lettres à qui vous savez de Hervé Debry. Romans Casterman. 1999.
Jérémy a dix ans et, entre le 26 novembre et le 25 décembre, il écrit au père Noël. Jérémy a en effet besoin de se confier : suite à une transfusion, il est séropositif... Comme dans les autres récits présentés, le héros est confronté aux réactions de peur, de rejet et d’intolérance alors qu’il n’a qu’une envie : vivre le plus normalement possible, faire du sport avec ses camarades, ne pas devoir se bagarrer avec cette brute de Tony. Dur de garder le moral dans de telles conditions ! Heureusement, Antoine, Kevin, et surtout la blonde Elodie, refusent que Jérémy devienne un paria et montrent l’exemple à tous.
Une fin optimiste dans laquelle Jérémy croit en sa guérison grâce aux trithérapies mais aussi grâce au bonheur retrouvé.

Le Mystère du feu de H. Mankell. Castor Poche. Flammarion. 2001
Roman émouvant d’un auteur suédois qui a beaucoup vécu en Afrique et qui a le mérite d’attirer l’attention sur les méfaits de la maladie dans cette partie du monde par ailleurs déjà fort touchée par la pauvreté et les guerres.
Sofia vit au Mozambique avec sa mère, Lydia, sa grande sœur Rosa, et ses deux petits frères. Son père est mort, tué par des bandits et la vie est difficile pour cette famille qui cultive un petit lopin de terre... Sofia est en outre mutilée car elle et sa sœur ont sauté sur une mine anti-personnelle. Maria est morte, Sofia a perdu ses deux jambes et marche à présent à l’aide de béquilles, après une longue rééducation. Malgré la pauvreté et le handicap, Sofia possède une formidable énergie et rêve de devenir médecin, de rencontrer un garçon, d’avoir des enfants ... Elle admire et envie Rosa, si jolie, qui sort le soir et plaît tant aux garçons ! Mais Rosa se montre de plus en plus fatiguée, ressent des malaises ... Le verdict tombe enfin, implacable : Rosa a contracté le sida, cette maladie, un peu mystérieuse que les villageois connaissent à peine. Mais Sofia sait que c’est grave et que le guérisseur n’en viendra pas à bout. Elle assiste, aussi impuissante que le docteur Nkeka, à la lente dégradation de l’état de Rosa, qui devient méchante à force de souffrance et de révolte. La mort est inéluctable mais Sofia résiste : elle soutient les femmes de son village auxquelles on veut prendre leurs terres, elle reprend confiance et espoir car Armando, un mystérieux adolescent qui occupe son esprit, revient la voir et elle sait qu’il l’accepte telle qu’elle est.
Un beau portrait d’adolescente animée d’une foi incroyable en la vie, qui réfléchit et analyse ce qu’elle ressent, qui tente de comprendre le monde et les gens qui l’entourent. Elle était déjà l’héroïne d’un roman précédent, Le secret du feu , du même auteur, publié en 1998 chez le même éditeur, qui racontait le début de ses malheurs (mort du père, fuite devant les bandits, accident sur la mine et longs mois d’hôpital), un troisième opus, La colère du feu , étant annoncé ...

Tellement tu es ma sœur ! de C. Bernos. Souris Poche. Syros Jeunesse. 2000.
Depuis le jour de ses six ans ans, Tom n’est plus le même : on a beau essayer de le tenir à l’écart, il sait que sa soeur aînée âgée de dix-sept ans, est gravement malade. Transfusée, étant petite, Miette est atteinte du sida et annonce à son frère qu’elle va mourir. Il a onze ans : Miette ne sort plus et s’affaiblit de jour en jour. En fait, Tom a tenu un journal durant les quelques semaines qui ont précédé la mort de sa soeur, retrouvé onze ans plus tard avec d’autres écrits importants pour lui. Il y livrait sa souffrance présente et des bribes des années écoulées depuis l’éprouvante révélation. On y sent un attachement immense pour la grande soeur, une volonté farouche de comprendre et de rester optimiste.
Un roman court et grave sur le sujet, facile à lire si ce n’est peut-être du point de vue de la chronologie.

Plusieurs bandes dessinées abordent par ailleurs ce sujet :

Jo de Derieb. Fondation pour la vie (Suisse). 1991.
Jocelyne, belle jeune fille pleine de vie et d’entrain, rencontre Laurent, un lycéen préférant la musique aux études, qui porte un lourd secret : son frère est mort du sida et il craint lui même d’avoir été contaminé. Quand elle apprend la vérité, Jo, consciente d’être amoureuse, l’incite à se faire dépister en même temps qu’elle. Coup de théâtre : il n’a rien et elle est séropositive ! Lui revient alors en mémoire cette soirée au cours de laquelle elle a eu pour la première fois une relation sexuelle, non protégée, avec un garçon qu’elle n’a jamais revu, alors que par la suite, elle a eu un copain régulier qui utilisait toujours un préservatif. Jo goûtera trois ans de bonheur avec Laurent : ils vivent et travaillent ensemble, profitant pleinement des moments qui leur sont comptés. Autour d’eux, chacun réagit selon ce qu’il est profondément : amitié, respect et soutien, égoïsme ou rejet. L’état de Jo se dégrade : elle meurt en délivrant un message d’amour et de vie.
Cette BD, suivie d’un dossier informatif, a été largement diffusée, en son temps, dans les CDI.

Pas de sida pour Miss Poireau ("Le concombre masqué") de Mandryka et Moliterni. Les pharmaciens GIPHAR. 1994.
Un personnage connu pour informer les plus jeunes sur cette maladie. Miss Poireau l’a échappé belle ! Une histoire-prétexte forcément "didactique"...

Le prof ("Tendre banlieue") de Tito. Casterman. 1996.
Christophe Verneuil est un beau professeur d’éducation physique adulé de ses élèves, surtout des filles, dont il est l’entraîneur de basket. Mathieu, délégué de classe, qui raille ses copines, notamment Laura, est traité de jaloux ! Jusqu’au jour où il surprend une conversation téléphonique : le prof a le sida. Il en informe immédiatement ses amies avec lesquelles justement il a préparé un exposé sur la question. Elles ne veulent pas y croire... Pourtant M. Verneuil, qui a déjà été absent, a un malaise... La rumeur se répand et comme dans pratiquement tous les récits concernant la question, toutes les attitudes sont observées, rejet ou amitié, de la part des parents, des profs, des élèves. L’intéressé s’exclut lui-même tant il sent à quel point il met certains de ses collègues mal à l’aise ... Ce sont "ses" joueuses qui le réconforteront en gagnant la coupe et lui donneront de l’espoir en le suppliant de rester leur entraîneur à défaut d’être encore leur prof de gym...
Par ailleurs, ce titre, ainsi que d’autres de la série, font l’objet depuis peu d’adaptations romanesques par Claude Carré, publiées dans la collection "Romans" chez Casterman. 2004.

Et pour terminer, cinq titres de B.D que je n’ai pu avoir en mains pour l’instant : [1]

Bibi veut tout savoir sur le sida de P. Fournier. Bibi et Geneviève. 1995.
B.D informative pour les plus jeunes d’après une série télévisée canadienne.

Info-sexo : pour aimer intelligemment de M. Uderzo. Planning familial, FG (Prévention sourire).
B.D amusante pour informer les ados sur la sexualité, la contraception, les MST, le sida...

Sida boulevard . Collectif. ABDT. 1996.
Album de prévention et d’information réalisé par des auteurs africains et européens.

Viens t’asseoir avec moi de M. Merrifield. Héritage. 1991.
Album pour les petits : un copain de l’école a le sida...

Laura va à l’hôpital . SOLidarité ENfants SIda. 1996.
Cette fillette se rend régulièrement à l’hôpital à cause du VIH. Egalement pour les plus jeunes.

Elizabeth VLIEGHE
IUFM Nord-Pas de Calais
Réécriture pour Passages d’un article publié dans la revue Recherches.

[1] Mentionnés dans une bibiographie réalisée en décembre 1997 par la bibliothèque municipale André Malraux des LILAS (93260) comportant surtout des titres de documentaires.